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Coronavirus: faut-il craindre une deuxième vague?

La perspective du 11 mai, et d'un déconfinement progressif annoncé, fait craindre un rebond du nombre de cas de covid-19. Les scientifiques et médecins mettent en garde contre une levée trop rapide des mesures de restriction.

Un nombre de nouveaux cas qui ralentit chaque jour, de moins en moins de patients hospitalisés en service de réanimation, le confinement a produit des effets dans la lutte contre l'épidémie de coronavirus avec 62.000 décès évités sur un mois, selon une étude citée cette semaine par le Premier ministre. 

Ce jeudi matin, Serge Smadja, président de SOS médecins, le confirmait sur BFMTV: la situation s'améliore que ce soit en Île-de-France ou dans les autres régions de l'Hexagone. De bonnes nouvelles dans un paysage sanitaire bien noir depuis le mois de mars qui ne font pas oublier la perspective du 11 mai.

La crainte du rebond

La levée progressive des mesures de confinement mises en place depuis le 17 mars fait craindre un rebond du nombre de cas de Covid-19.

"Incontestablement nous voyons beaucoup moins de cas de Covid-19, c'est significatif, assure Serge Smadja. Cependant il nous arrive malgré tout de voir de nouveaux cas, et il est très important pour ces nouveaux cas de faire une enquête pour comprendre pourquoi et comment ces nouveaux patients ont été contaminés, des patients qui avaient a priori respecté le confinement."

Et de prévenir: "Ca interroge encore et encore sur ce virus, sa très forte contagiosité et ça entraîne une vigilance pour prévenir cette fameuse deuxième vague."

Les exemples étrangers

Cette crainte s'appuie notamment sur les exemples étrangers. Après avoir d'abord évité le confinement grâce à une politique similaire à celle de la Corée du Sud, avec des campagnes de tests massives, un isolement des malades et un traçage des nouveaux cas, Singapour combat aujourd'hui une deuxième vague épidémique, partie des foyers surpeuplés où vivent les travailleurs migrants. Conséquence de cette deuxième vague, le pays a dû se résoudre au confinement, prolongé mardi jusqu'en juin. Le 15 mars, la ville-Etat comptait à peine 200 cas, il en recense aujourd'hui près de 16.200.

Plus près de la France, la situation en Allemagne laisse présager que la France pourra difficilement éviter une augmentation du nombre de nouveaux cas de coronavirus. Le déconfinement a débuté le 20 avril de l'autre côté du Rhin. Ce jour-là, le pays a enregistré 1775 cas de Covid-19 supplémentaires, aujourd'hui il est de moins de 2000. Pour comparaison, le nombre de nouveaux cas était de 1607 mercredi en France. Le taux de reproduction, c'est-à-dire le nombre de personnes contaminées par un malade, fait également redouter le pire en Allemagne: il était de 0,7% vendredi dernier, quatre jours après le déconfinement, et de 1% lundi dernier.

"Un léger relâchement de leur dispositif a pour conséquence de réaugmenter le nombre de cas", confirme sur BFMTV Pascal Crépey, épidémiologiste et biostatisticien à l'Ecole des hautes études en santé publique.

"Je regrette ce qu'il se passe depuis quelques jours, déplore quant à lui Christian Drosten, virologue allemand, à l'origine de la politique de tests massifs. Nous sommes sur le point de perdre complètement notre avance sur la maladie."

L'exemple de la grippe espagnole

Pour appuyer son propos, le scientifique se base sur l'exemple de la grippe espagnole en 1918, rappelant qu'elle est apparue au printemps, qu'elle avait disparue peu avant l'été grâce à des mesures de couvre-feu, avant de revenir encore plus meurtrière à l'automne.

"Le plan fédéral est de lever le confinement en douceur mais comme les états allemands, les Länder, fixent leurs propres règles, je crains que nous ne voyions beaucoup de créativité dans l'interprétation de ce plan", explique Christian Drosten dans les médias, redoutant une deuxième vague très violente dans son pays.

Taux d'immunité trop bas

En France, le taux de reproduction, le fameux R0, est passé de 3 avant le confinement à moins de 1.

"Quand il y aura un relâchement, le nombre de cas va redécoller, estimait il y a quelques jours François Bricaire, infectiologue et membre de l'Académie de médecine. La situation actuelle est liée à l'intervention sur l'épidémie mais pas à l'évolution naturelle de la maladie."

Certains spécialistes parlent d'ailleurs de "lame de fond" plutôt que de "deuxième vague", alors que de nombreuses questions perdurent autour du virus, notamment sur la question de l'immunité, et qu'aucun traitement ou vaccin n'a été trouvé. La crainte de cette seconde vague porte en effet sur le taux d'immunité de la population française.

"Ce coronavirus a peu circulé, une large part de la population n'est pas immunisée", rappelle Pascal Crépey, citant par comparaison le taux d'immunité de la grippe qui est de 30% via les infections antérieures ou la vaccination.

En effet, une étude réalisée par l'Institut Pasteur en collaboration avec l'agence sanitaire Santé publique France et l'Inserm conclut que le taux d'immunité dans l'Hexagone est actuellement de 6%, bien loin donc des 70% nécessaires "pour éviter une deuxième vague, expliquait l'auteur principal de l'étude, Simon Cauchemez.

Un protocole de déconfinement comme bouclier?

Malgré ces données, les spécialistes estiment qu'il est possible d'éviter un rebond de la maladie, maladie avec laquelle il va falloir apprendre à vivre pendant les mois à venir.

"Si on va cohabiter avec ce virus, il va falloir apprendre à cohabiter et pour cohabiter il va falloir déconfiner de la manière la plus précautionneuse possible, estime le président de SOS médecins. Avec les infinies précautions et avec les règles et les consignes qui ont été données, on peut envisager d'ouvrir un tout petit peu l'activité, je ne dirais pas l'activité économique, je dirais la vie tout court, progressivement pour que le citoyen apprenne à cohabiter avec ce virus le plus intelligemment pour le rencontrer le moins possible."

L'objectif est clair: éviter à tout prix une deuxième crise sanitaire, qui frapperait un système de santé déjà lourdement éprouvé par la première vague.

"Il est clair que si toutes les mesures de contrôle sont relâchées au 11 mai, on s'attend vraiment à ce qu'il y ait une reprise épidémique et une crise sanitaire de la même nature que celle qu'on a vécue", alertait Simon Cauchemez sur BFMTV le 21 avril, avant les annonces du Premier ministre.

Dans une étude publiée le 12 avril, l'Inserm notait que la mise en place d'un déconfinement avec des mesures "prolongées d'intensité modérée à élevée pourraient en outre retarder (le retour) l'épidémie d’au moins un mois et demi" et de réduire son impact "de 80%" par rapport à une sortie sèche du confinement. Mardi, le Premier ministre a annoncé moins un déconfinement qu'un desserrement des mesures de restriction de circulation. Le chef du gouvernement mettant en garde les Français:

"Un peu trop d'insouciance et c'est l'épidémie qui repart".

"On fait tout pour y échapper"

Port du masque obligatoire dans les transports et pour les collégiens, fortement "recommandé" dans les rues, maintien des gestes barrières et mesures de distanciation, limitation des déplacements à 100 km, un objectif de 700.000 tests par semaine afin d'isoler les nouveaux cas et briser les chaînes de transmission ou encore déconfinement territorialisé ont été annoncés.

Les bars, cafés restaurants, ne vont pas rouvrir au 11 mai, tout comme les grands centres commerciaux de plus de 40.000 m². "Ces centres vont entraîner fatalement un plus grand rassemblement au sein d'une surface limitée et donc de ce fait augmenter le risque", rappelle Serge Smadja.

"Pour tout vous dire, j'espère qu'on échappera à cette deuxième vague, note Pascal Crépey. On fait tout pour y échapper. Le protocole de déconfinement va servir à échapper à cette deuxième vague."

Parmi ces prévisions de rebond redoutées, une voix diffère, celle du professeur Didier Raoult. Lui estime que le virus du Covid-19 est saisonnier et va très certainement disparaître avec l'été. 

"On peut tout imaginer mais c'est de la science fiction, conclut-il sur BFMTV au sujet d'une reprise de l'épidémie après le déconfinement. J'ai l'opinion que des infections respiratoires dans lesquelles il y a des secondes vagues, il n'y en a pas. Je ne vois pas pourquoi il y en aurait pour celle-là."
Justine Chevalier