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Coronavirus: face à la reprise de l'épidémie, faut-il restreindre les rassemblements privés?

Terrasses de cafés et restaurants parisiens à Saint-Germain-des-Près pendant la crise sanitaire le 2 juin 2020

Terrasses de cafés et restaurants parisiens à Saint-Germain-des-Près pendant la crise sanitaire le 2 juin 2020 - BERTRAND GUAY © 2019 AFP

Dans une tribune publiée dans le Journal du dimanche, six médecins appellent à éviter les réunions à caractère privé telles que les fêtes de familles ou rencontres amicales.

Face à l'augmentation exponentielle du nombre de cas de contaminations au Covid-19, faut-il prendre des mesures restrictives à l'égard des rassemblements privés? Le port du masque a déjà été rendu obligatoire dans les transports en commun et au sein des entreprises. Mais pour l'heure en France, aucune mesure n'a été prise pour limiter les rassemblements se déroulant dans la sphère privée, contrairement au Royaume-Uni, où rentre ce lundi en application l'interdiction de se réunir à plus de six personnes.

Dimanche, le président Les Républicains (LR) de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Renaud Muselier, a tout particulièrement ciblé ces rassemblements privés. Il a réclamé, au cours de l'émission Le Grand Jury sur RTL, de "fermer les plages et les parcs à 20 heures" ainsi que "d'interdire les fêtes de mariage" à Marseille et dans la région, afin de freiner la progression du coronavirus au sein de la population.

"Ne pas respecter les gestes barrières, c'est prendre des risques", met en garde le gouvernement dans une nouvelle vidéo de sensibilisation aux gestes barrières, publiée ce week-end, mettant en scène une contamination se produisant dans un cadre privé.

"Siffler la fin de la récréation"

"Nous, médecins, ne sommes pas dans l'injonction. Mais il faut prendre soin les uns des autres et peut-être siffler la fin de la récréation. Évitez, autant que possible, les rassemblements privés", ont par ailleurs exhorté six médecins dans une tribune, publiée le 12 septembre dans le Journal du dimanche. "Réduisez le nombre de personnes présentes dans le cadre privé", poursuivent les soignants. "Il est encore temps d'agir, tous ensemble", concluent-ils.

"Responsabilité des gens"

"La limitation des rassemblements privés est, je crois, une question de responsabilité des gens", a estimé Philippe Amouyel sur BFMTV ce lundi matin. Le professeur de santé publique au CHU de Lille, signataire de la tribune dans le JDD, estime que la sphère privée constitue à ce jour "un territoire où le virus peut encore diffuser assez rapidement".

Toutefois, Philippe Amouyel ne veut pas s'aventurer à fixer de jauge précise, à l'instar de ce qui a été fait au Royaume-Uni, pour ce type de réunions familiales et amicales.

"Elle est en fonction du lieu où vous vous trouvez", explique-t-il, considérant qu'il faut s'appuyer sur la taille de la pièce, la ventilation et le fait d'être en intérieur ou en extérieur. "Il faut vraiment s'adapter", insiste-t-il.

Le médecin, qui salue les réponses formulées par le gouvernement à la reprise de l'épidémie, recommande si nécessaire le port du masque dans un cadre privé, par exemple lors d'un dîner familial où serait présente "une personne relativement âgée qui présente une maladie chronique".

"Évaluer la balance bénéfice/risque"

"Il y a beaucoup de gens qui portent leur masque dix heures par jour pendant qu'ils marchent, pendant qu'ils sont dans leur bureau, etc… Très bien. Mais s'ils passent ensuite une heure, à vingt, agglutinés en grappe, dans un bar, en très grande proximité, ils vont perdre tout le gain de leur journée en une heure", s'est inquiété sur BFMTV ce lundi Martin Hirsch, directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP). "Il y a probablement à agir là-dessus si on veut (...) faire en sorte qu'on ne se retrouve pas avec les hôpitaux surchargés et trop de morts", a-t-il jugé.

"La démarche scientifique en médecine a toujours été d'évaluer la balance bénéfice/risque. Le bénéfice de certaines mesures restrictives est évident (masques en lieu clos, interdiction de rassemblements massifs etc.). Mais pour d'autres, c'est moins évident", a estimé quant à lui sur Twitter le Dr Yonathan Freund, médecin urgentiste à la Pitié-Salpêtrière.

"Des propositions de bonne intention peuvent avoir des effets délétères, qui sont extrêmement difficiles à anticiper et à évaluer", écrit également le médecin, appelant à la prudence dans les recommandations formulées par des médecins dans des tribunes, sans toutefois citer nommément les préconisations relatives aux rassemblements privés.

Clarisse Martin Journaliste BFMTV