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Coronavirus: face à la deuxième vague, les hôpitaux manquent de personnel soignant

Au CHU de Rouen, malgré des recrutements en septembre, une centaine de postes restent vacants. À Montpellier et ailleurs, des élèves infirmiers sont appelés à la rescousse en raison de la situation qui se tend.

En dépit des recrutements réalisés dans la foulée du Ségur de la santé, qui s'est conclu au mois de juillet, les hôpitaux manquent de bras pour affronter la deuxième vague épidémique de Covid-19. Mardi soir, selon Santé publique France, 33.417 cas avaient été rapportés positifs au cours des 24 heures écoulées, et 292 nouvelles morts étaient à déplorer en milieu hospitalier.

Au centre hospitalier universitaire (CHU) de Rouen, on redoute cette deuxième vague épidémique. 100 recrutements ont été réalisés depuis septembre, mais une centaine de postes restent encore à pourvoir. À l'heure actuelle, 150 patients atteints du coronavirus y sont hospitalisés, dont 30 en réanimation. Des chiffres similaires à ceux observés à la fin du mois d'avril dernier. Pour affronter cette deuxième vague, l'hôpital de Seine-Maritime recrute, et a créé une unité de réanimation éphémère.

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"On s'est très vite rendu compte qu'on allait saturer nos réanimations dans l'établissement et donc on a eu la demande d'ouvrir un certain nombre de lits de réanimation. Dans l'unité, vont venir travailler des médecins issus de différents secteurs d'anesthésie, de réanimation, mais aussi de MIR (médecine intensive et réanimation)", explique à BFMTV le Dr Philippe Gouin, anesthésiste-réanimateur au CHU de Rouen.

Cette unité, pouvant accueillir dix patients, nécessite l'emploi de quatre infirmiers ainsi que trois aides-soignants. Pour faire tourner ce service éphémère, certains soignants déjà en poste au CHU ont été détachés, après une formation et un temps d'immersion dans les réanimations, explique Charlotte Contremoulin, cadre de santé en réanimation chirurgicale dans cet établissement de soin.

"C'est quand même une fierté au quotidien de venir travailler et de se sentir utile. On a un esprit d'équipe super important", confie Laura Cardon, infirmière en oncologie digestive à Rouen.

"Chaque semaine, on est en capacité de former entre vingt et trente infirmiers pour intégrer les services de réanimation", indique le directeur général adjoint du CHU, Guillaume Laurent.

Des élèves infirmiers prêts à être mobilisés

À Montpellier, l'urgence se fait également sentir. Le troisième niveau du plan blanc devrait être activé, et pour pallier le manque de personnel soignant, des élèves infirmiers spécialisés en anesthésie et bloc opératoire sont appelés depuis lundi pour renforcer le personnel en place, rapporte France Bleu Hérault. L'établissement propose également aux soignants qui accepteraient de renoncer à leurs congés des heures supplémentaires, majorées à 50%, ajoute la radio publique.

À Villejuif, dans le Val-de-Marne, les élèves de l'Institut de formation en soins infirmiers ont été prévenus, relate Libération, citant un étudiant de cet établissement: "L'ARS a déjà contacté notre directrice, qui nous a juste prévenus qu'il y a une possibilité que l'on soit à nouveau mobilisé", comme cela avait été le cas pour certains au printemps dernier.

Pour déployer du personnel dans d'autres services ou alléger ses tâches, et libérer des lits, des appels à déprogrammer des opérations non-urgentes ont été lancés, comme en Île-de-France:

"Nous devons accélérer l’atteinte des jauges fixées au niveau 3 (du plan blanc, NDLR), c’est-à-dire 1775 lits de soins critiques (réanimation et surveillance continue) et 4797 lits de médecine", écrit Aurélien Rousseau dans un message que BFMTV a pu consulter mardi. Le directeur de l'Agence régionale de santé (ARS) d'Île-de-France précise que ces nouvelles capacités devront être atteintes "dès la fin de cette semaine", si ce n'est "dès vendredi".

Des élus de la Loire veulent un hôpital militaire

La semaine passée, dans la Loire, département durement touché par le rebond épidémique, 21 élus ont adressé un courrier à la préfecture pour "appeler à l'aide".

"Nous appelons à l'aide pour que nos soignants soient épaulés et nous demandons à l'État et au gouvernement qu'une aide exceptionnelle soit apportée en urgence à notre territoire pour pallier le manque de personnels soignants (...) épuisés et touchés par la Covid-19", ont-ils plaidé dans un courrier adressé jeudi à la préfète de la Loire, Catherine Séguin.

Ces derniers demandent de "bénéficier d'une aide identique à celle qui a été apportée au printemps dernier à la région de Mulhouse au coeur de la crise: l'installation de moyens sanitaires militaires."

À Marseille aussi, on espère des renforts pour traiter les patients atteints du coronavirus et les autres. "Pour tout assumer, il nous faudrait à la louche 100 infirmiers et 25 médecins supplémentaires, sachant qu'on en a déjà recruté 285 depuis le 1er août", indique au Parisien Dominique Rossi, président de la commission médicale d'établissement de l'Assistance publique - Hôpitaux de Marseille (AP-HM).

Selon le même journal, le ministre de la Santé Olivier Véran le concédait il y a quelques jours: "L'enjeu, ce sont les ressources humaines. Il faut des soignants capables de venir épauler les équipes quand c'est nécessaire."

Hilal El Aflahi et Adrien Petiteau avec Clarisse Martin