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Coronavirus: de peur d'être contaminés, les malades chroniques désertent les hôpitaux

En France, les médecins s’inquiètent de ne plus voir d’autres patients que ceux atteints par le Covid-19. Les services de cardiologie, de pneumologie… Tous sont désertés par peur de la contamination. Un constat qui amène les autorités médicales à rappeler l'impératif de poursuivre les soins même quand le coronavirus frappe.

Les maladies chroniques ne disparaissent pas en temps de pandémie, mais les patients si. "La semaine dernière, la pneumologie - un service qui gère des pathologies lourdes - n'a vu aucun des patients habituels: les gens ont tellement peur qu'ils ne viennent pas. Ils n'ont pas pu disparaître comme ça", s'étonne auprès de l’AFP le Dr Béthsabée Garel à l'hôpital Cochin, à Paris.

Même constat dans les services de cardiologie. Le professeur Xavier Jouven, cardiologue à l’hôpital Georges Pompidou à Paris, observe une accalmie dans les couloirs, "or les infarctus ne se sont pas arrêtés. Donc on présume que les gens ne viennent plus dans nos hôpitaux et qu’ils décèdent chez eux", déplore-t-il sur BFMTV. 

"Diminution de moitié des infarctus"

"Depuis le début du confinement, nous constatons une diminution de moitié" des infarctus, abonde dans les colonnes du Figaro le professeur Nicolas Danchin, cardiologue dans ce même hôpital parisien.

"Pour en avoir discuté avec des confrères européens et canadiens, c’est un phénomène très général qui ne touche pas seulement la France", précise-t-il.

Face à cette situation, le professeur Jouven insiste sur l’importance de continuer à se rendre aux urgences quand l’état de santé l’impose. "Dès que la douleur thoracique apparaît, ou la douleur dans le bras gauche, il faut appeler le 15", presse-t-il. Le ministre de la Santé a lui même rappelé lundi soir qu’il était nécessaire de contacter son médecin pour chaque soin essentiel en dehors du coronavirus afin de ne pas "retarder indûment une prise en charge dont le report pourrait causer du tort". Et de prévenir: "Les conséquences sanitaires pourraient être lourdes".

Les consultations chutent de 40%

Mais la crainte de se rendre à l'hôpital, où la vague de patients contaminés par le Covid-19 déferle sur les services d'urgence, prend le dessus. Patrick (prénom modifié à sa demande) avait rendez-vous pour un contrôle post-opératoire en radiologie, mais il se refuse à passer une IRM: "Comment être sûr que la machine est désinfectée entre chaque patient..."

Conséquence: "Les autres pathologies (que le Covid) restent sous le radar", explique le professeur Elie Azoulay, au service de réanimation de l'hôpital Saint-Louis à Paris. 

Depuis l’arrivée de l’épidémie en France, les consultations médicales ont chuté de 30 à 40% sur l'ensemble du territoire, rapporte aux Echos le docteur Patrick Bouet, président du Conseil national de l'Ordre des médecins. Dans l'Est, la région de France la plus éprouvée avec l'Ile-de-France, "l'activité aux urgences a été divisée par six", assure aussi le Dr Marc Noizet, chef des urgences de l'hôpital de Mulhouse - pourtant submergé par le Covid. "C'est sidérant. On a aussi moins d'appendicites, moins d'occlusions (intestinales)."

Finie la "bobologie" dans les cabinets médicaux

"Les embolies pulmonaires, les phlébites, les péritonites ne vont pas s'arrêter à cause du virus", s'alarme encore le docteur Christian Lehmann, généraliste en région parisienne qui constate que "la bobologie" non plus, ne fréquente plus les cabinets médicaux.

"Même au cœur d'une crise, les soins de base doivent se poursuivre: les bébés naissent, les vaccins doivent être dispensés et les gens ont toujours besoin de leurs traitements vitaux", a d'ailleurs martelé lundi le patron de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Interrogé par Le Figaro, le professeur Pierre Amarenco, chef du service de neurologie de l’hôpital Bichat à Paris, tient à apporter une précision de nature à rassurer les plus sceptiques: "Il faut savoir qu’il y a deux filières (dans les hôpitaux, ndlr): une dédiée aux malades du Covid et une autre où les patients seront pris en charge et où ils ne croiseront pas de patients infectés."

Ambre Lepoivre avec AFP