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Coronavirus: l'idée d'un tracking des Français divise au sein même de la majorité

Pour de nombreux députés LaREM, la mise en place de ce dispositif serait un mauvais signal pour ce qui est des libertés individuelles dans le pays.

En matière de lutte contre le Covid-19, tous les coups sont-ils permis? Dans un entretien publié dans le quotidien Le Monde ce mercredi Olivier Véran, le ministre des Solidarités et de la Santé, et Cédric O, secrétaire d’Etat au numérique, assurent travailler sur une application pour smartphones qui informerait du contact des utilisateurs avec une personne infectée. Le projet aurait pour nom "StopCovid." 

"On accepte d'avoir moins de libertés?"

Ce programme, qui serait utilisé uniquement sur la base du volontariat et via le Bluetooth, pourrait être une manière de lutter contre la propagation du virus et de préparer à un éventuel déconfinement. Depuis maintenant plusieurs mois, les autorités sanitaires des différents pays touchés par le coronavirus s'attellent en effet à remonter les réseaux de contamination et ces nouvelles données pourraient leur faciliter la tâche. 

Seulement, la création de cette application débouche également sur des questions bien plus larges, dont celles des libertés individuelles, et est en train de créer un fossé au sein même de la majorité. 

"C'est un désaccord de principe qui agite la classe politique aujourd'hui, et principalement la majorité. Est-ce qu'au nom de la lutte contre le virus, on peut tolérer une forme d'inquisition? Est-ce que pour avoir plus de sécurité, on accepte d'avoir moins de libertés?", s'interroge notre éditorialiste politique Christophe Barbier ce mercredi. 

Attention aux "réponses rapides" 

Parmi les plus récalcitrants, le député LaREM Sacha Houlié qui, dans une tribune, met en garde contre "les solutions simplistes et les réponses rapides."

"Le suivi des personnes infectées est une réponse dangereuse et condamnable. La collecte d'informations personnelles des utilisateurs de mobiles (...) revient à placer la population sous bracelet électronique", dénonce l'élu. 

Son collègue Guillaume Chiche déplore "la manière dont, à la faveur d'une période de peur, certains cherchent à faire accepter le rétrécissement de nos droits."

Selon Christophe Barbier, un autre argument fait mouche chez les anti-tracking, qui dans leurs rangs comptent plusieurs proches du président de la République, dont l'eurodéputé Stéphane Séjourné. 

"L'argument est le suivant: si l'on veut que ça marche, ça ne peut être sur la base du volontariat, il faudrait le rendre obligatoire. Quelqu'un contaminé par le Covid-19, ce n'est pas de la géolocalisation qu'on lui imposerait, c'est quasiment un bracelet électronique virtuel, on voudrait le suivre à la trace, et ça vraiment, ça pourrait être considéré comme une inquisition", analyse-t-il. 

"Ce n'est pas ce que nous faisons" 

Dans leur entretien au Monde, Olivier Véran et Cédric O rejettent toute idée de perte des libertés, ainsi que tout effet anxiogène lié à cette proposition. Au contraire, pour eux, il s'agit d'un gain de temps important en ces temps de crise sanitaire. 

"Le 'contact tracing' – c’est-à-dire la recherche de toutes les informations sur les rencontres faites par une personne contaminée – a permis de remonter à des patients sources, d’identifier des chaînes de contamination et de freiner la diffusion de l’épidémie", souligne le ministre, reprenant l'exemple de la contamination aux Contamines-Montjoie. 

En ce qui concerne les divisions à ce sujet au sein même de leurs rangs, tous deux ont également tenu à rassurer. 

"Une partie de l’opposition et de la majorité est opposée à une démarche qui contreviendrait au respect de la vie privée, qui serait obligatoire et restreindrait les libertés individuelles. Or, ce n’est pas ce que nous faisons", conclut Olivier Véran. 

Les deux hommes devraient prendre la parole dans la journée ce mercredi afin de présenter plus en détail les contours du projet. 

Hugo Septier