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Controverse sur le vin: dans une tribune, des médecins rappellent que c'est un alcool comme les autres

(Photo d'illustration)

(Photo d'illustration) - Georges Gobet-AFP

Des médecins et universitaires alertent sur les méfaits du vin, un alcool aussi dangereux que les autres, jugent-ils dans une tribune. Et soutiennent la ministre de la Santé qui a récemment déclaré qu'entre vin, bière, vodka, ou whisky, "il y a zéro différence".

"Vu du foie, le vin est bien de l'alcool". Dans une tribune publiée ce lundi dans les colonnes du Figaro, médecins et universitaires rappellent les méfaits du vin. Et soutiennent la récente prise de position de la ministre des Solidarités et de la santé.

Le vin est "un alcool comme un autre"

Au début du mois de février, Agnès Buzyn déclarait que le vin est "un alcool comme un autre". "L'industrie du vin laisse croire aujourd'hui que le vin est différent des autres alcools. En termes de santé publique, c'est exactement la même chose de boire du vin, de la bière, de la vodka, du whisky, il y a zéro différence", pointait la ministre lors de l'émission diffusée sur France 2 "Alcool, un tabou français?"

"On a laissé penser à la population française que le vin serait protecteur, qu'il apporterait des bienfaits que n'apporteraient pas les autres alcools. C'est faux", dénonçait-elle.

Les propos d'Agnès Buzyn "sont inacceptables"

Une déclaration qui a suscité une vive réaction de la part de l'Académie du vin de France. Dans une tribune publiée par Le Figaro, intitulée "Cessez de diaboliser le vin, qui est une part de la civilisation française", ses membres -dont des viticulteurs, restaurateurs, médecins et écrivain- lui répondaient que l'on ne pouvait "réduire le vin aux seules molécules d'alcool qu'il contient". "Les propos émis par le ministre sont inacceptables et inexcusables de la part d'un haut responsable politique français", s'indignaient-ils.

"Le vin participe de cet art de la table à la française (...) C'est aussi un vrai levier de la modernité. (…) C'est un formidable atout pour le rayonnement de la France."

Le vin n'est "pas notre ennemi"

Le patron d'En Marche a lui aussi répondu à la ministre sur BFMTV et RMC et déclaré que le vin n'est "pas notre ennemi". Il "fait partie de notre tradition, de notre culture, de notre identité nationale (...) mais l'alcoolisme est toujours notre ennemi", jugeait Christophe Castaner. Et ajoutait: "Il y a de l'alcool dans le vin, mais c'est un alcool qui n'est pas fort."

Le même jour, lors d'une rencontre avec des agriculteurs juste avant l'ouverture du Salon de l'agriculture, Emmanuel Macron assurait qu'il n'était pas question de durcir la loi Evin, qui limite la publicité pour les boissons alcoolisées. "Moi, je bois du vin le midi et le soir. Je crois beaucoup à la formule de (Georges) Pompidou: 'n'emmerdez pas les Français'."

"Il y a un fléau de santé publique quand la jeunesse se saoule à vitesse accélérée avec des alcools forts ou de la bière, mais ce n'est pas avec le vin", ajoutait le président de la République.

"Ce qui compte en termes de toxicité, c'est la quantité"

"La ministre s'est trouvée bien seule dans un gouvernement qui nie les évidences scientifiques et se montre plus sensible aux intérêts de l'alcool qu'à l'intérêt général", regrettent pour leur part les médecins dans leur tribune.

"Les effets sur la santé ne dépendant pas du type d'alcool, que ce soit du vin, des spiritueux ou de la bière; ce qui compte en termes de toxicité, c'est la quantité d'alcool bue."

Michel Reynaud, addictologue et signataire du texte, maintient: le vin est aussi dangereux que les alcools présentés comme forts. "Comme une grande majorité de Français, nous buvons du vin pour le plaisir. Mais il faut bien avoir en tête que l'alcool est le psychotrope le plus dangereux", insiste-t-il sur RTL

"L'alcool tue 50.000 personnes par an"

Les signataires de la tribune rappellent que la consommation française de boissons alcoolisées, "bien qu'en diminution depuis un demi-siècle, reste l'une des plus fortes d'Europe" avec 12 litres d'alcool pur par adulte et par an, "soit 26 grammes par jour". Ils sont inquiets: le vin représenterait selon eux 60% de la consommation d'alcool et rappellent les chiffres de la mortalité.

"L'alcool tue 50.000 personnes par an et est la seconde cause de cancers après le tabac; l'alcool, notamment le vin, est à la source de violences familiales, conjugales et de violences sur la voie publique, de 'binge drinking', d'une part importante des affections mentales, des suicides et de la mortalité accidentelle et routière."

Céline Hussonnois-Alaya