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Contre les maladies inflammatoires, la piste de l'horloge biologique

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Et si la manifestation et la gravité de certaines maladies inflammatoires dépendait de l’heure qu’il est? C’est sur cette hypothèse qu’ont travaillé des chercheurs français. Leur étude montre qu'une protéine de l’horloge biologique permettrait de prévenir l’apparition d'une maladie inflammatoire, d’en atténuer les symptômes et d’augmenter le taux de survie.

Nous possédons tous une "horloge biologique" ou "rythme circadien", un système qui permet à notre organisme de réguler un certain nombre de fonctions vitales sur une période d’environ 24 heures, notamment le cycle éveil/sommeil, la température corporelle, le rythme cardiaque et la délivrance d’hormones. Pour fonctionner correctement, elle se base sur des signaux qu’elle reçoit de l’extérieur (nourriture, exercice physique, température extérieure, lumière) qui font office d’indicateurs pour se resynchroniser en permanence.

A l'inverse, il est connu que son dérèglement entraîne des troubles du sommeil, de la vigilance, des problèmes cardiovasculaires et même la dépression. Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l'Inserm et de l'Institut Pasteur de Lille montre un lien entre cette horloge biologique et certaines maladies de type inflammatoire. Les chercheurs ont en effet observé que la gravité et la mortalité de l'une d'entre elles, l’hépatite fulminante, dépendaient du moment de la journée auquel la pathologie était induite.

Il s'agit d'un syndrome rare caractérisé par la destruction des cellules du foie, qui sont alors incapables d’assurer leur fonction métabolique et de détoxification. L'Inserm précise que sa cause peut être toxique (médicaments, champignons vénéneux, facteur d’environnement) ou infectieuse (hépatites virales). Jusqu’à aujourd’hui, aucun traitement spécifique de l’hépatite fulminante n’a été identifié et la seule solution reste une greffe de foie dans les 24 heures suivant l’apparition des symptômes.

Le mécanisme inflammatoire suit un rythme circadien

Les chercheurs se sont intéressés aux mécanismes sous-jacents à l’inflammation dans le cas particulier de cette maladie, afin d’identifier de possibles pistes médicamenteuses. Partant de l’observation que les fonctions immunitaires varient durant la journée, les chercheurs se sont intéressés à une protéine spécifique de l’horloge biologique, appelée "Rev-erbα", et à son implication potentielle dans la régulation de l’inflammation, lors d’une hépatite fulminante.

Cette dernière joue un rôle majeur dans le développement et la régulation du rythme circadien des tissus adipeux, cellules du foie, muscles squelettiques et du cerveau, c’est-à-dire de la répétition de leur cycle biologique toutes les 24 heures. Ces travaux publiés dans la revue Gastroenterology, réalisés sur les souris et sur des cellules humaines du système immunitaire, ont permis de mettre en évidence le fait que le phénomène inflammatoire suit également un rythme circadien.

Les chercheurs ont aussi pu observer que l’injection d’une molécule augmentant l’action de cette protéine "Rev-erbα" diminuait la réaction inflammatoire responsable de la mort des cellules du foie lors de l’hépatite fulminante. Par ailleurs, les souris qui ont reçu le traitement activant cette protéine montraient des formes moins sévères de la maladie, ainsi qu’un taux de survie plus élevé.

D'autres maladies seraient concernées

Les mêmes résultats ayant été observés in vitro sur les cellules humaines, "ces données offrent des pistes à explorer pour l’élaboration potentielle d’un traitement contre l’hépatite fulminante aiguë ou permettant de ralentir l’évolution des symptômes pour les patients en attente de greffe", fait savoir l'Inserm. Les chercheurs estiment même que l’hépatite fulminante n’est pas la seule pathologie dans laquelle intervient le mécanisme moléculaire circadien inhibé par Rev-erbα.

Cette découverte pourrait ainsi concerner d’autres pathologies comme la péritonite (inflammation aiguë du péritoine qui tapisse la cavité abdominale), le diabète ou l’athérosclérose (plaque qui endommage la paroi des artères). "Les résultats pourraient ouvrir de nouvelles perspectives dans la prévention de ces pathologies. Ils offrent également des pistes sur de potentielles améliorations de la qualité de vie et de la longévité des patients atteints par des maladies inflammatoires chroniques", conclut Hélène Duez, chercheuse à l’Inserm.

Alexandra Bresson