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Consommation d'antibiotiques: la France fait de timides progrès 

Selon un rapport officiel de l'agence Santé publique France, la consommation d'antibiotiques en France se stabilise, voire tend à baisser, mais reste quand même trop élevée.

Les Français consomment moins d'antibiotiques qu'avant, selon un rapport officiel publié ce lundi à l'occasion de la semaine mondiale pour un bon usage de ces médicaments tueurs de bactéries. Cette semaine a pour but d'attirer l'attention du public sur l'antibiorésistance - le fait que certaines bactéries finissent par devenir résistantes aux antibiotiques - considérée comme une menace majeure par les autorités sanitaires mondiales.

Pour établir ses conclusions, l'agence Santé publique France s'est basée sur le nombre de doses d'antibiotiques consommées et le nombre de prescriptions en ville (c'est-à-dire hors hôpital), qui représente 93% de la consommation totale. Si l'on prend en compte le premier indicateur, la consommation des antibiotiques en médecine de ville "se stabilise", après une hausse entre 2014 et 2016. Elle se monte à 22,5 doses pour 1000 habitants et par jour en 2018, contre 22,7 en 2009. Concernant le nombre de prescriptions, il montre que la consommation d'antibiotiques a baissé de 15% entre 2009 et 2018 (passant de 2,81 à 2,38 pour 1.000 habitants et par jour).

"Prise de conscience générationnelle"

"Je pense qu’il y a une prise de conscience générationnelle, commente à BFMTV Jean-Paul Hamon, médecin généraliste et président de la Fédération des médecins de France. Je le vois avec mes internes: de temps en temps je me dis que ce serait bien de prescrire des antibiotiques et eux me disent 'non pas question'."

Un constat que Bruno Coignard, directeur des maladies infectieuses à Santé publique France, juge "assez encourageant". Pour autant, "il y a encore beaucoup de chemin à faire", ajoute-t-il. Car la France reste l'un des mauvais élèves de l'Europe: c'est le troisième pays européen le moins performant (derrière la Grèce et Chypre).

Si l'on additionne ville et hôpital, "la France est à 25,3 doses pour 1000 habitants et par jour. Or, la moyenne européenne est de 19,8. Les Pays-Bas sont à 9,7: en gros, cela veut dire qu'on consomme trois fois plus d'antibiotiques en France", indique le Dr Coignard qui rappelle que "la consommation d’antibiotiques est l’un des principaux facteurs qui explique l’apparition et la diffusion de bactéries multirésistantes". Selon le rapport, "l'Assurance Maladie pourrait économiser 400 millions d'euros si la consommation française était la même que celle des Pays-Bas".

"Prescrire mieux"

Comment expliquer cette spécificité française, qui perdure malgré les recommandations? Par "des pratiques et un historique dans l'approche médicamenteuse qui varient selon les pays", répond le Dr Coignard. En France, "la prise en charge repose beaucoup sur un traitement: un patient attend une ordonnance à la sortie" d'une consultation, analyse-t-il. "Les habitudes sont difficiles à changer", renchérit le Dr Gabriel Birgand qui souligne les aspects "culturels et émotionnels" de la prescription d'antibiotiques. 

Certains médecins vont vouloir "taper large et essayer de résoudre un problème par un traitement antibiotique d'emblée, plutôt que de dire au patient 'revenez dans les jours qui viennent si c'est nécessaire'", estime-t-il. Selon le Dr Coignard, "l'enjeu n'est pas seulement de prescrire moins, mais mieux", en réfléchissant au choix du type d'antibiotiques ou à "la durée de traitement, qui peut être moins longue".

Si la consommation diminue chez les moins de 14 ans, elle augmente chez les plus de 65 ans, population "fragile et plus sujette à des infections", selon le Dr Coignard. Par ailleurs, la consommation globale varie selon les régions. Elle dépasse la moyenne nationale en PACA et dans les Hauts-de-France, et est en dessous dans les Pays-de-la-Loire, en Auvergne-Rhône-Alpes et en Bretagne.

"Bon usage des antibiotiques"

Enfin, le rapport s'intéresse à la bactérie Escherichia Coli, très courante et responsable notamment des infections urinaires. Après une hausse entre 2012 et 2015, la résistance de cette bactérie aux antibiotiques appelés "céphalosporines de troisième génération" (C3G) baisse depuis 2016, en ville comme en Ehpad.

"Nous sommes contents de voir que ces résistances diminuent", commente la Dr Anne Berger-Carbonne, de Santé publique France. En effet, les C3G sont prescrites en cas d'infections urinaires graves (touchant par exemple les reins) et il est donc crucial qu'elles soient efficaces.

Même si cette baisse doit être confirmée, le Dr Birgand juge que "l'amélioration du bon usage des antibiotiques" peut être "un élément éventuel d'explication".

AL avec AFP