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Comment se protéger des perturbateurs endocriniens?

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- - iStock - shironosov

Les États membres de l’Union européenne ont adopté les critères de définition des perturbateurs endocriniens utilisés dans les pesticides. Mais ce vote a déçu les associations, qui jugent les critères retenus insuffisants. En attendant l'application de nouvelles mesures concrètes, des habitudes permettent de se protéger.

Un perturbateur endocrinien est "une substance exogène ou un mélange qui altère la/les fonction(s) du système endocrinien et, par voie de conséquence, cause un effet délétère sur la santé d’un individu, sa descendance ou des sous-populations", selon la définition de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais l'Union européenne souhaitait sa propre définition et, après plusieurs mois de débat houleux entre les Etats membres, c'est désormais chose faite, en partie.

Ces derniers se sont en effet "exprimés en faveur de la proposition de la Commission européenne relative à des critères scientifiques permettant d'identifier les perturbateurs endocriniens dans le domaine des produits phytopharmaceutiques." Aux yeux de Bruxelles, il s''agit "d'une étape décisive sur la voie d'une meilleure protection des citoyens contre les substances nocives." Mais les ONG regrettent l’insuffisance des critères de définition adoptés: ces derniers ne permettront pas d’offrir un haut niveau de protection de la santé publique et de l’environnement. 

"Nous sommes déçus que la France n’ait pas souhaité poursuivre son bras de fer avec la Commission européenne sur ce sujet pour améliorer la proposition", fait notamment savoir l'association Générations Futures. En attendant, il est toujours possible d'adopter au quotidien des gestes simples pour réduire son exposition, même s'il n'est pas possible de s'en protéger complètement.

Malgré une loi, le bisphénol A est toujours présent

Phtalates, parabènes, bisphénol A: pour connaître dans un premier temps toutes les substances susceptibles d'être considérées comme des perturbateurs endocriniens (PE), il est possible de se renseigner sur le site du ministère de la Santé. Quant aux sources d'exposition, celles-ci se font par différentes voies: ingestion, inhalation ou contact cutané.

Les PE sont en effet présents dans plusieurs milieux, dont les principaux sont l'alimentation, la santé, la beauté, l'air extérieur et intérieur. Ainsi, "ces composés peuvent être présents dans des produits manufacturés ou des aliments d'origine végétale ou animale. Ils sont pour la plupart issus de l'industrie agro-chimique et de leurs rejets", précise l'Inserm.

Si une loi interdit le bisphénol A (BPA) dans les biberons et autres contenants alimentaires depuis 2015, il est recommandé de ne pas faire chauffer les ­aliments dans du plastique, à l'instar des plats préparés, et de privilégier les récipients en verre. A bannir donc, les récipients en polycarbonate, comme l'indique l'UFC Que-Choisir. Attention également aux ustensiles utilisés, comme une casserole en Inox plutôt qu’une bouilloire en plastique pour faire bouillir de l’eau.

Plusieurs études mettent aussi en avant le risque de "migration" de perturbateurs endocriniens présents sur des emballages en papier ou en carton vers des aliments de fast-food (carton à pizza, cornet de frites, étui à sandwich). L'association recommande également de "préférer les fruits, légumes et céréales biologiques, le seul moyen de diminuer l’exposition aux pesticides potentiellement perturbateurs endocriniens. À défaut, pelez les végétaux qui peuvent l’être."

Bien choisir ses cosmétiques

Outre la cuisine, c'est aussi dans la salle de bain que des précautions s'imposent, en particulier pour les femmes enceintes et les enfants. A commencer par le choix des produits d'hygiène et de beauté, qui cachent des PE parmi les plus courants comme le triclosan, les phtalates et des parabènes. Ces familles de conservateurs sont utilisées dans la plupart des cosmétiques non "Bio" comme les crèmes hydratantes, les déodorants et les mousses à raser.

Certes, les doses contenues sont souvent faibles, mais il s'agit de produits utilisés au quotidien et de manière cumulée avec d'autres cosmétiques. Mieux vaut donc scruter de près leurs étiquettes et rechercher ceux portant un écolabel certifié. "Ils vous garantissent que les ingrédients qui les composent sont d’origine naturelle et issus de l’agriculture "Bio". Ils ne comportent pas d’OGM, de nanoparticules ou d’ingrédients issus de la pétrochimie", indique l'Association Santé Environnement France.

Par ailleurs, les mentions "sans parabène", "sans parfum" ou "sans aluminium" ne signifient pas que le produit qui les affiche ne contient pas d'autres PE: sans label, pas de garantie. En cas de doute, l'association 60 Millions de consommateurs met à disposition un dossier pour éviter les cosmétiques contenant des PE, fréquemment mis à jour. Cette dernière met particulièrement en garde contre le "greenwashing", ces produits qui n’ont de vert que l’apparence.

Enfin, l'exposition aux PE se faisant également tous les jours à l'air ambiant, il est recommandé de bannir les produits pour parfumer ou assainir l’atmosphère au profit d'une bonne aération pour l'air intérieur, et de jardiner sans pesticides en extérieur. Le ménage peut quant à lui se faire avec des ingrédients naturels comme le savon noir, le vinaigre blanc ou le bicarbonate de sodium. Surtout, la cigarette ainsi que les atmosphères enfumées sont déconseillées.

Alexandra Bresson