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Comment le Samu utilise l'hypnose pour soulager la douleur

Afin de moins recourir aux médicaments et d'apaiser les patients, de plus en plus d'équipes du Samu pratiquent l'hypnose. De Lille à Marseille, les médecins suivent des formations où ils apprennent à utiliser le langage pour calmer l'angoisse et la douleur des victimes.

Et si l'hypnose servait la pratique des gestes de secours? C'est le pari de plusieurs équipes du Samu. De Marseille à Lille en passant par Metz et Lyon, les services d’urgences misent sur l’état de conscience altérée des patients pour leur venir en aide.

L’équipe de Lyon utilise l’hypnose "dès que cela est possible, c’est une méthode rapide qui ne prend pas de temps car elle est pratiquée simultanément avec les gestes de secours" explique dans un communiqué Pierre-Yves Gueugniaud, le chef du service du Samu à l’hôpital Edouard Herriot. Le professeur a rapidement cru au potentiel de cette pratique pour soulager les victimes et a ouvert l’accès à une formation pour son équipe.

"Aujourd’hui, il nous reste à former encore plus de soignants pour qu’un grand nombre de nos interventions soit facilité par l’hypnose. Et même les personnes qui répondent au Centre 15 (Assistants de Régulation Médicale) ont intérêt à être formées. C’est avant tout une technique de communication bienveillante et positive avec laquelle il faut utiliser les bons mots et savoir écouter sans interprétation ni jugement", précise-t-il.

Langage hypnotique

Au centre hospitalier d’Epinal, dans les Vosges, le médecin François-Xavier Moronval s’est également lancé dans l’exercice de l’hypnose. Depuis trois mois, le responsable du Centre d’enseignement des soins d’urgences (Cesu) suit une formation dispensée par l’institut UTHYL.

"On nous apprend des techniques de langage hypnotique, comment choisir les bons mots pour s’adresser aux patients et les aider à s’évader, à se concentrer sur autre chose que leur douleur", rapporte-t-il à BFMTV.com.

Le médecin se définit comme un "novice" dans le domaine de l'hypnose, il n’a pour l’instant appliqué cette technique que sur deux patients. Mais il est déjà conquis: "Je suis très terre-à-terre en principe, mais je trouve les effets de l’hypnose remarquables. Par de simples mots, on peut réduire la douleur d’une luxation de l’épaule sans médicament."

Les deux fois où François-Xavier Moronval a eu recours à l’hypnose, il ne l’a pas annoncé expressément.

"Une femme appelle pour des maux de tête, alors je lui propose d’essayer un exercice, ce qu’elle accepte. Elle me dit: ‘J’ai mal à la tête, ça tape comme un marteau'. Je lui demande de quelle couleur elle visualise cet outil. Il est rouge. Je lui propose d’imaginer qu’il prend une couleur qu’elle trouve plus agréable, le vert. Je lui dis ensuite qu’il devient plus léger. Au bout de quelques minutes, sa douleur commence à passer jusqu’à disparaître totalement. Son esprit s’est détaché de la douleur", raconte-t-il.

Une technique qui peut, dans certains cas, permettre de désengorger les urgences: si le problème est réglé par téléphone, pas besoin de déplacer le Samu. François-Xavier Moronval précise toutefois qu’avant d’avoir recours à l’hypnose par téléphone, "on pose les questions nécessaires qui nous permettent d’éliminer les signes de gravités".

"On est à l’aube d’une révolution médicale"

Ce langage positif peut également être utile en cas d’intervention pour une crise de panique, souligne-t-il. La Société française de médecine d’urgence liste les indications pouvant relever de l’hypnose. De la gestion du stress de la personne de l’autre côté du téléphone, jusqu’à la prise en charge de la douleur lors d’un accident de la route, le champ d’application est vaste.

"On se rend compte que l’on pose de moins en moins de cathéters pour injecter des antalgiques" se félicite un infirmier du CHU de Lyon. "De même, notre consommation de morphine diminue. Mais c’est surtout dans l’apaisement des patients que nous voyons notre action." Au Samu de Lyon, 45 personnes ont déjà été formées à l'hypnose, rapporte Europe 1. Au moins 15 de plus le seront avant le fin de l'année.

A Epinal, le projet se développe petit à petit. Pour l’heure, François-Xavier Moronval est le seul médecin du Samu à suivre la formation à l’hypnose. "Ils sont trois aux urgences et un autre médecin au service de pédiatrie." Certain que cette pratique fait partie de l’avenir de la médecine, le responsable du Cesu œuvre pour que la formation se généralise dans "tous les services où l’on souffre". Et de conclure: "On est à l’aube d’une révolution médicale."

Ambre Lepoivre