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L'hypnose médicale peut-elle remplacer l'anesthésie?

Une opération à l'hôpital Marie-Lannelongue du Plessis-Robinson.

Une opération à l'hôpital Marie-Lannelongue du Plessis-Robinson. - THOMAS SAMSON / AFP

A l’image de l’opération du cœur d’un Nordiste de 88 ans, l’hypnose médicale progresse peu à peu en France. Mais ses défenseurs militent tout de même pour un meilleur encadrement légal.

Le cas d’un patient lillois de 88 ans qui a subi une opération chirurgicale cardiaque sans anesthésie lourde a remis sur le devant de la scène une pratique qui commence à se démocratiser. Car ce Nordiste a donné son accord pour une intervention sur sa valve aortique après avoir été hypnotisé. 48h après être passé sur le billard, il semblait en pleine forme, rapporte France Bleu Nord.

"Le principe de base, c’est de détourner la conscience, explique Claude Virot, psychiatre et président de la Société internationale d’hypnose. Si je vous fais une intervention à vous, là tout de suite, toute votre conscience va être tournée vers le lieu de l’opération, vers la peur et la douleur. L’hypnose, c’est utiliser des techniques pour que la conscience du patient parte ailleurs, se focalise sur autre chose. Et de manière très forte puisque pendant ce temps-là, il ne va plus du tout se focaliser sur l’intervention chirurgicale".

"Moi j’appelle ça de l’anesthésie écologique"

Depuis quelques années, le champ d’intervention de l’hypnose médicale s’élargit peu à peu. "On peut faire des actes d’explorations endoscopiques, des mastectomies ou de la chirurgie thyroïdienne, explique Philippe Houssel, médecin anesthésiste-réanimateur au CHP Saint-Grégoire de Rennes, et membre, comme Claude Virot d’Emergences, un institut de formation à l’hypnose. L’intérêt de l’hypnose c’est qu’il n’y a aucune injection de produit, ou très peu, à de faibles doses, là où il y aura l’incision par exemple. Moi j’appelle ça de l’anesthésie écologique. La récupération est très rapide, on diminue le temps de séjour en salle d’opération, et le patient ressort plus rapidement".

Les vertus de l’hypnose, le docteur Jean-Marc Benhaiem, président de l’Association française pour l’étude de l’hypnose médicale (AFEHM), y croit depuis longtemps. A tel point qu’il fut à l’origine de la création du premier diplôme universitaire d’hypnose médicale à Paris VI Pitié-Salpétrière.

"Les indications principales, ce sont les douleurs aigus et chroniques. Mais aussi beaucoup les addictions, les phobies, les anxiétés chroniques. Le changement, c’est qu’avant on imposait un traitement médicamenteux. Maintenant on se dit "attendez, peut être que le patient a des ressources"? "Peut-être qu’il va pouvoir retrouver le sommeil par lui-même"? L’ambiance a complètement changé parce que maintenant, on croit dans les ressources du patient".

"Ce n’est pas une compétition: l’hypnose s’ajoute et ne remplace pas"

Attention, il ne faut pas non plus croire au miracle façon music-hall. L’hypnose médicale n’est pas encore capable de tout. Par exemple, "on ne peut pas encore faire d’interventions aussi agressives qu’une ablation du colon ou d’une partie du foie", explique Philippe Houssel. "Au niveau du bloc opératoire, ça n’est utile et efficace que quand on fait des anesthésies locales ou locaux-régionales, assure Jean-Marc Benhaiem. On ne peut pas remplacer complètement l’anesthésie générale par de l’hypnose. Dès que ça touche l’os, qu’on va tirer fort sur des tissus et que ça va être très long, on gardera l’anesthésie générale. Mais ce n’est pas une compétition: l’hypnose s’ajoute et ne remplace pas".

Enfin, tout le monde n’est pas en capacité de bénéficier de l’hypnose. "La base pour la pratiquer, c’est d’abord que le patient soit demandeur et motivé, prévient Claude Virot. Si ça ne l’intéresse pas, ça ne marchera pas. Si ça l’intéresse, il y a peu d’échecs. Mais il y a 2 ou 3% de patients avec qui c’est difficile. Soit parce qu’ils ont des problèmes de mémoire ou d’attention, soit parce qu’ils ont des douleurs plus importantes que les autres".

"Il faudrait réserver l’usage de l’hypnose aux professionnels de santé"

Malgré tout, aujourd’hui, "c’est devenu difficile de critiquer l’hypnose médicale", selon Jean-Marc Benhaiem. D’ailleurs, de plus en plus de professionnels de la santé se forment.

"Quand on a commencé le diplôme universitaire il y a 20 ans, il y avait 15 inscrits. Aujourd’hui, on a 400 demandes par an. Et pas des gens bizarres ou des originaux: Des néphrologues, des cardiologues, des urgentistes, des chirurgiens, des anesthésistes… On a énormément de demandes de cliniques et d’hôpitaux qui veulent former leur médecins ou leurs infirmières".

En dehors des diplômes universitaires, certains instituts privés proposent également leurs services. "C’est là qu’il faut faire le grand ménage, réclame Philippe Houssel. Certains sont dédiés uniquement aux professionnels de santé, avec des formateurs en activité, en contact direct avec les patients. D’autres forment aussi bien un anesthésiste qu’un DRH ou un prof de maths". "Il faudrait réserver l’usage de l’hypnose aux professionnels de santé, souhaite Jean-Marc Benhaiem. En Israël, il y a une loi de ce genre, et de ce fait ça a complètement calmé tous les pseudo-thérapeutes autoproclamés. En France, c’est une immense pagaille. Tout le monde peut se faire hypno-thérapeute, et c’est très ennuyeux. Parfois ils ne sont pas malhabiles, mais ils peuvent passer à côté d’un problème psychiatrique grave ou d’une pathologie grave".

Antoine Maes