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Chloroquine: le Haut conseil de santé publique recommande de ne pas l'utiliser, sauf pour des formes graves

Le Haut conseil de santé publique recommande de n'utiliser l'antipaludique chloroquine contre le coronavirus que dans les cas les plus graves. Ce médicament, qui divise la communauté scientifique, fait polémique.

La chloroquine pourra être administrée aux malades souffrant de "formes graves" du coronavirus, mais ne doit pas être utilisée pour des formes "moins sévères", a statué lundi le Haut conseil de santé publique, selon le ministre de la Santé Olivier Véran.

"Le Haut conseil recommande de ne pas utiliser ce traitement en l'absence de recommandation, à l'exception de formes graves, hospitalières, sur décision collégiale des médecins et sous surveillance stricte", a annoncé le ministre lundi soir lors d'un point presse sur l'évolution du coronavirus en France.

Le comité scientifique "exclut toute prescription dans la population générale ou pour des formes non sévères à ce stade, en l'absence de toute donnée probante", a-t-il souligné. Un arrêté encadrant précisément le recours à ce traitement, qui fait polémique, sera pris "dans les prochaines heures", a précisé le ministre.

L'AP-HP appelle à la prudence

De son côté, l'AP-HP, qui réunit les 39 hôpitaux de la région parisienne, a mis en garde à son tour lundi soir contre "une utilisation désordonnée de multiples molécules sans contrôle et surtout sans possibilité de tirer des conclusions valides".

L'AP-HP, écrit-elle dans un communiqué signé notamment de son directeur général Martin Hirsch, "s’est déjà engagée dans plusieurs études, certaines utilisant l’hydroxy-chloroquine et la comparant à d’autres traitements":

"Pour être utiles, ces études doivent avoir des critères d’inclusion précis, correspondant aux différentes situations cliniques qui peuvent ou doivent être étudiées s’agissant de patients hospitalisés, de patients suivis en ambulatoires, de populations spécifiques".

Par conséquent, "elle met solennellement en garde contre des utilisations non contrôlées de médicaments qui conduiraient non seulement à retarder le moment où il sera possible de trancher sur leur efficacité thérapeutique ou non (...) mais qui pourraient également compromettre toutes les autres études conduites ou à lancer".

La communauté scientifique divisée

En France, plusieurs élus font monter la pression pour généraliser rapidement l'utilisation de la chloroquine. Quant à Donald Trump, il en a vanté les mérites a plusieurs reprises. Mais des voix appellent à la prudence, insistant sur la nécessité d’attendre de vastes essais cliniques menés selon la stricte orthodoxie scientifique pour valider ou non le traitement.

De très nombreuses personnes se sont pressées lundi à Marseille, pour se faire tester par les équipes du professeur Didier Raoult qui préconisent ce traitement testé jusqu'ici sur un nombre très limité de patients (24).

Dans son avis, le Haut Conseil de santé publique "incite les médecins à inclure le plus possible de malades dans les différents essais thérapeutiques en cours dans notre pays car c'est le moyen le plus sûr de déterminer rapidement si un traitement est efficace ou pas", a encore souligné le ministre.

Quant à l'AP-HP, elle martèle que "le meilleur, voir le seul moyen, d’avoir des réponses utiles au plus grand nombre sur l’efficacité de médicaments, repose sur des études rigoureuses, qui peuvent utiliser différentes méthodologies interventionnelles et observationnelles, randomisées ou non randomisées".

Médicament polémique

D'un côté, ceux qui appellent à la prudence et à attendre de vastes essais cliniques menés selon la stricte orthodoxie scientifique pour valider ou non le traitement par chloroquine; de l'autre, ceux qui veulent accélérer le processus et l'administrer très largement au nom de l'urgence sanitaire.

En France, plusieurs élus font monter la pression pour généraliser rapidement l'utilisation de la chloroquine. Quant à Donald Trump, il en a vanté les mérites à plusieurs reprises.

D'où le rappel très ferme de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) lundi, qui "condamne l'usage de médicaments sans preuve de leur efficacité", mettant en garde contre les "faux espoirs", dans une allusion à peine voilée à la publication de l'IHU.

B.P., avec AFP