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Ces médicaments qui vous rendent malades

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Remède ou poison... peut-on faire confiance au médicament ? En pleine polémique sur le vaccin de la grippe A et alors que se clôt la 4ème édition de la semaine du médicament, un médecin vous dit tout sur les dangers pour votre santé.

Ce jeudi 22 octobre, se termine la semaine du médicament, qui a pour thématique cette année, la confiance. Peut-on faire confiance au médicament ? « Ne pas avoir trop confiance, ni être suspicieux. Il faut être vigilent ». C'est ce que recommande le Docteur Sauveur Boukris, médecin généraliste, enseignant à la faculté Bichat et Lariboisière, dans son livre Ces médicaments qui nous rendent malades : sauver des vies, faire des économies, aux Editions du Cherche Midi.
« Parce que l'histoire nous montre que dans la majorité des cas, les médicaments rendent service, soulagent et guérissent les malades. Et tous les progrès médicaux depuis 30-40 ans sont dus aux médicaments. Mais depuis 10-15 ans, les laboratoires ont tendance à mettre sur le marché des molécules un peu trop vite expérimentées et dont les effets secondaires ne sont pas assez reconnus ou mis en valeur. »

« Des effets secondaires sous-estimés ou niés, voire cachés »

Soulignant que c'est le laboratoire lui-même qui apporte les preuves que son médicament est efficace et pas dangereux, le Dr Boukris explique : « c'est vrai que des experts analysent ce que dit le laboratoire, mais ce dernier n'a pas de contraintes sur le nombre de cas, met ses propres critères d'inclusion et d'exclusion. Et dans la vraie vie, nous médecins, lorsqu'on prescrit des médicaments, on découvre des effets secondaires dont ils ne nous ont pas parlé ou qu'ils ont voulu minimiser. Les laboratoires font par exemple une étude sur 5 ou 10 000 personnes. Mais dans les 6 à 12 mois qui suivent la commercialisation d'un médicament, nous médecins qui prescrivons à des centaines de milliers, voire des millions de gens, voyons surgir d'autres effets secondaires. [...] Il s'est avéré qu'avec des molécules, il y a eu des médicaments dont on a sous-estimé ou nié, voire caché, les effets secondaires. »

Un exemple concret : « la molécule Viox, un anti-inflammatoire qu'on nous avait présenté comme un médicament fantastique sur la douleur rhumatismale qui n'entraînait aucun effet secondaire digestif. Ce médicament a entraîné des accidents cardiaques, des poussées hypertensives, des accidents vasculaires ; et il y a eu des morts. Pendant 2-3 ans, le laboratoire a commercialisé le produit. Et en 2003, ils l'ont supprimé. »

« Presque 2 fois plus de morts que les accidents de la route »

8 000 à 12 000 morts par an. C'est le nombre de décès dus aux médicaments en France. « Pratiquement 2 fois plus que les accidents de la route », regrette le Dr Boukris. Des chiffres auxquels il faut ajouter « à peu près 130 000 hospitalisations par an, souvent des gens de plus de 60 ans, parce qu'ils prennent plusieurs médicaments qui interagissent. Et puis en France, on surconsomme les médicaments, deux à trois fois plus que les Allemands ou les Italiens par exemple. » Les Français sont en effet les plus grands consommateurs de médicaments en Europe. Or, plus la consommation est élevée, plus les risques d'accidents ou de décès augmentent.

Sans ordonnance... mais pas sans risque !

Les médicaments sans ordonnance sont moins risqués. « Une idée reçue, et même dangereuse » selon le Dr Boukris : « En France, depuis le 1er juillet 2008, la vente de certains médicaments est autorisée en accès libre au public. Les laboratoires ont fait pression pendant des années auprès des pouvoirs publics pour accéder à ce marché de près de 2 milliards d'euros et de 423 millions de boîtes vendues en 2007. [...] Les avantages pour les compagnies pharmaceutiques sont surtout financiers, car les prix des médicaments d'automédication sont libres (ce qui permet de réaliser des marges substantielles), et ces médicaments peuvent faire l'objet de communication auprès du grand public. [...] Pour que l'automédication soit efficace, il faut que les patients ne soient pas trop malades (ni trop fragiles). [...] Prenons l'exemple du mal de gorge. [...] Si le malade utilise des anti-inflammatoires comme l'ibuprofène, cela n'est pas sans risque. [Ce produit peut] altérer la fonction rénale et chez les patients cardiaques ou déshydratés, ou chez ceux prenant déjà des médicaments, l'insuffisance rénale peut être grave. »

Quid du vaccin contre la grippe A ?

Rappelant que « la vaccination est la seule solution pour traiter les maladies infectieuses virales », le Dr Boukris se montre confiant face au vaccin pourtant controversé de la grippe A : « Les effets secondaires dont je parle jusqu'ici, c'est à cause des ingrédients, des adjuvants. Or, ceux mis dans le vaccin de la grippe sont les mêmes qu'avec les autres vaccins (DT Polio, Hépatite, etc.). Donc, il ne faut pas tout mélanger. [...] Par rapport à la masse de personnes qui vont se faire vacciner, le risque est minime. Et je préconise vraiment à tous ceux qui sont fragiles, les asthmatiques, les hypertendus, les diabétiques, de se faire vacciner. »

La rédaction-Bourdin & Co