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CARTE. Covid-19: comment s'illustre la "fracture vaccinale" en France

Près de deux mois après son ouverture à toute la population adulte, la vaccination en France révèle de fortes disparités géographiques et sociales.

Une image vaut parfois mieux que mille chiffres. Le journal Le Monde a dévoilé ce dimanche une cartographie dessinant une véritable hétérogénéité de la vaccination contre le Covid-19 sur le territoire national. Une "triple fracture vaccinale" qui dépeint de fortes disparités géographiques, mais aussi générationnelles et socio-économiques.

En s'appuyant sur des données de l'Assurance-Maladie datées du 4 juillet, le géographe de la santé Emmanuel Vigneron a calculé un "indice de vaccination": les résultats, dévoilés par le quotidien, diffèrent largement entre le nord-ouest - "sur-vacciné par rapport à la moyenne" - et le sud-est du pays - "sous-vacciné".

Le Nord-Ouest bon élève de la vaccination

Une différence également visible sur notre carte ci-dessous qui montre l'avancée de la vaccination à l'échelle des communautés de communes à la date du 11 juillet, date des dernières données rendues publiques par l'Assurance-Maladie.

À cette date, en moyenne, 53,3% des Français avaient reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19 et 40,9% présentaient un schéma vaccinal complet.

La communauté de communes de l'Île de Noirmoutier (Vendée) présentait alors le plus fort taux de vaccination de l'Hexagone avec 68% de la population primo-vaccinée et 58,7% complètement vaccinée. À l'inverse, la communauté de communes dont la population était la moins vaccinée à cette même date était celle de l'Ouest Guyanais avec seulement 8% de primo-vaccinés et 6,6% de complètement vaccinés.

Mais il n'y a pas besoin de se tourner vers l'Outre-mer pour constater d'importantes disparités. Si la campagne de vaccination avait bien démarré en Paca, elle ne s'adressait alors qu'aux personnes âgées et fragiles. Depuis, de nombreuses communautés de communes de la région présentent une couverture vaccinale très inférieure à la moyenne nationale, à l'image de la communauté de communes Provence Verdon. Située dans le nord-ouest du Var, elle affichait 39,7% de primo-vaccinés et 31,4% de complètement vaccinés au 11 juillet.

Pour Emmanuel Vigneron, c'est une "difficulté de pénétration des discours officiels" qui peut expliquer cette sous-vaccination du Sud-Est.

"L'éloignement du message tel qu'il est formulé dans les superstructures de l'État, concentrées à Paris, peut expliquer la difficulté qu'ont les populations anti-parisiennes à accepter le message", analyse-t-il sur BFMTV.

L'accès facile au vaccin, un critère-clé

Une scission du Nord et du Sud, mais aussi des villes et des champs. Les grandes villes du pays et leurs petites couronnes présentent une couverture vaccinale de leur population bien plus importante que celle des zones rurales.

"La distance peut agir comme un frein au recours à la vaccination", poursuit sur BFMTV Emmanuel Vigneron.

"On a quand même un système de vaccination qui est urbain. Il faut pouvoir se connecter à Internet, prendre rendez-vous sur Doctolib, pouvoir aller dans un centre de vaccination", abonde sur France 2 Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille.

"Il y a une fracture liée au fait qu'il y a un nombre de centres de vaccination nettement plus important dans les centres-villes", estime également Sylvain Boulogue, sociologue spécialiste des mouvements sociaux, interrogé sur BFMTV. "Pour se faire vacciner dans un centre-ville en dix minutes vous y arrivez. Dans le rural profond, ça peut être un peu plus compliqué."

L'accès à la vaccination peut donc constituer un coût non négligeable pour certains. Et à cela s'ajoute la logistique: "À la campagne il est assez difficile pour un médecin libéral de réunir dix personnes pour un moment de vaccination, la population est dispersée, a du mal à se déplacer", poursuit Emmanuel Vigneron.

Les moins aisés sont aussi moins vaccinés

Un raisonnement qui ne permet pas d'expliquer pourquoi la couverture vaccinale est plus importante sur une île vendéenne que dans plusieurs communes du département de la Seine-Saint-Denis. Et c'est là que la fracture sociale s'illustre.

Nord-Est parisien, quartiers nords de Marseille, Vénissieux et Vaulx-en-Velin dans la métropole lyonnaise... Comme le relèvent nos confrères du Monde, au 11 juillet, les jeunes des 10% des communes les plus défavorisées de France étaient quasiment deux fois moins vaccinés (33,2% de primo-vaccinés) que ceux des 10% des communes les plus favorisées (56,2% de primo-vaccinés).

"On voit bien aussi que c'est une question de rapport à la santé, de l'éducation à la santé", avance sur BFMTV Mircea Sofonea, spécialiste de la modélisation des maladies infectieuses à l'université de Montpellier. "Il faut voir aussi si les centres de vaccination sont tout aussi accessibles selon les quartiers."

"Au fond ce sont les fractures de la société française, entre les diplômés et les non-diplômés, les plus aisés et les moins aisés, ceux qui sont bien intégrés au modèle social et ceux qui sont plus isolés", note sur France 2 le sociologue Jean Viard. "Et les gens qui sont plus isolés sont moins informés."

Hugues Garnier Journaliste BFMTV