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Cancer: un outil en ligne aide les patients à vivre plus longtemps

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- - iStock - FatCamera

Permettre aux personnes atteintes d'un cancer avancé sous chimiothérapie de signaler en temps réel leurs symptômes grâce à un outil en ligne est une méthode efficace pour mieux gérer leur souffrance et ainsi allonger leur durée de vie, estiment des chercheurs à l'occasion du plus grand congrès de cancérologie au monde.

La télémédecine est une pratique médicale qui tend de plus en plus à se développer. Elle met en rapport un ou plusieurs professionnels de santé avec un patient et permet de d’établir un diagnostic, d’assurer un suivi à visée préventive ou post-thérapeutique, de requérir un avis spécialisé, de prescrire des produits ou des prestations, ou encore d’effectuer une surveillance de l’état des patients.

Selon le ministère de la Santé, "elle ne se substitue pas aux pratiques médicales actuelles mais constitue une réponse aux défis auxquels est confrontée l’offre de soins aujourd’hui." Une étude présentée à l'occasion de l'ASCO 2017 montre qu'elle peut s'avérer très utile pour les patients atteints d'un cancer. Les chercheurs de l'Université de Caroline du Nord ont mené un essai clinique sur 766 patients qui consistait à mettre à leur disposition une application web pour leur permettre de signaler leur symptômes en temps réel, vérifiés par des cliniciens.

A terme, les patients qui ont utilisé cet outil tout en recevant une chimiothérapie ont vécu en moyenne 5 mois de plus que ceux qui n'y ont pas eu recours. "Les malades qui suivent une chimiothérapie ont souvent des symptômes sévères et les médecins comme les infirmières n'en sont informés que la moitié du temps. L'utilisation de ce système entraîne des actions qui atténuent les souffrances et améliorent les résultats des patients.", explique le Dr Ethan Basch.

La chimiothérapie est mieux tolérée

Les résultats de ce même essai clinique ont également montré que l'utilisation de cet outil était associé à une meilleure qualité de vie et à une fréquence moins importante de visites aux urgences. Les patients qui ont utilisé ce système de surveillance des symptômes ont par ailleurs mieux toléré la chimiothérapie que les patients qui ont reçu des soins habituels. Il s'agissait de personnes atteintes par des tumeurs avancées au niveau des voies génito-urinaires, gynécologique, mammaire ou pulmonaire.

"Le gain de survie pourrait paraître modeste mais en fait il est supérieur à ce qui est obtenu avec de nombreux médicaments très coûteux qui ciblent les cancers avancés", ajoute le Dr Basch. Les patients ont été assignés au hasard pour signaler leurs symptômes une fois par semaine via des tablettes avec cet outil web nommé "Symptom Tracking and Reporting" ou à des cliniciens, comme c'est le cas habituellement.

Ceux munis d'une tablette pouvaient signaler douze symptômes connus pendant la chimiothérapie comme la perte d'appétit, la difficulté à respirer, la fatigue, les bouffées de chaleur, la nausée et la douleur, et les évaluer sur une échelle de 5 points. Les médecins recevaient les rapports de ces symptômes et les infirmières recevaient des alertes par courrier électronique lorsque les patients faisaient état de symptômes sévères ou aggravants.

"De plus en plus de cabinets vont adopter ce modèle"

Dans le groupe de soins habituels, les patients discutaient de ces symptômes lors des visites chez les oncologues. Ils ont également été encouragés à téléphoner au cabinet entre les visites si des symptômes graves se présentaient. A la fin de la période de suivi, tous les patients qui ont auto-déclaré leurs symptômes, y compris ceux avec peu d'expérience sur Internet, ont été en mesure de faire un rapport de leurs symptômes tout au long de leur chimiothérapie.

Lorsqu'ils signalaient des symptômes importants, les infirmières prenaient des mesures cliniques immédiates les trois quarts du temps. Autant de facteurs qui ont contribué à leur allongement de vie: 31,2 mois contre 26 mois pour l'autre groupe. Selon le Dr Harold Burstein, un cancérologue expert de l'ASCO, "c'est impressionnant que quelque chose d'aussi simple puisse non seulement améliorer la qualité de vie des malades mais aussi dans ce cas les aider à vivre plus longtemps." 

Ce dernier ajoute: "Je pense que nous allons bientôt voir de plus en plus de centres de lutte contre le cancer et de cabinets médicaux adopter ce modèle". Les chercheurs souhaitent maintenant confirmer ces résultats avec un autre essai clinique basé sur une cohorte plus vaste et qui utilise une application plus conviviale, fonctionnant sur les ordinateurs personnels et les téléphones portables. A terme, ils espèrent que cette méthode devienne une pratique de routine dans les services d'oncologie.

Alexandra Bresson