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"Au front sans arme": des médecins veulent des explications sur la pénurie de masques

Des masques de protection FFP2

Des masques de protection FFP2 - FRED DUFOUR / AFP

La pénurie de masques dans les hôpitaux en France avait scandalisé les soignants, et l'opinion publique, au début de l'épidémie. Alors que le pays sort progressivement de la crise sanitaire, les médecins réclament des explications, afin que le scénario ne se reproduise pas.

Le Directeur Général de la Santé Jérôme Salomon était interrogé mardi soir par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur sa gestion de la crise du Covid-19. L'épineux sujet des masques a été largement discuté, notamment les premières recommandations du gouvernement, qui déconseillait son port au grand public préférant réserver les masques aux soignants.

Mais au début de la crise, pendant des semaines, les soignants avaient de leur côté dénoncé le manque de ces masques de protection contre le coronavirus.

"On est monté au front sans arme, sans munition. Les soldats qui montent au front comme ça ils le payent cher, ils le payent très cher", a dénoncé ce mercredi sur BFMTV Jean-Paul Ortiz, président de la confédération des syndicats de médecins (CSMF). "Et moi je pense à ces confrères qui sont morts, je pense à ceux qui sont malades et qui en ont de lourdes séquelles".

Des explications sur la gestion des stocks de masques

"Je vous rappelle qu'il y a eu 26 médecins en activité décédés du Covid-19, et probablement autour de 5000 à 6000 médecins libéraux arrêtés pendant la crise du Covid-19, la nation doit la vérité à ses soignants", a estimé Jean-Paul Ortiz.

Ce médecin réclame des réponses claires du gouvernement sur la gestion des stocks de masques, qui ont manqué au début de l'épidémie en France. "Nous avons attaqué cette épidémie avec 160 millions de masques chirurgicaux", alors qu'il en aurait fallu des centaines de millions selon lui.

"Les premiers masques ont été commandés par le cabinet du ministre le 5 mars. La CSMF a fait un communiqué de presse le 26 février dénonçant cette situation et réclamant d'urgence des équipements de protection individuelle. Il a fallu 10 jours de réaction pour commander 100 millions de masques", raconte Jean-Paul Ortiz, dénonçant le laps de temps nécessaire au gouvernement pour réagir.

"Est-ce qu'on est prêt?" en cas de deuxième vague

Les stocks de masques ont progressivement diminué ces dernières années, passant de plus d'un milliard d'unités à 160 millions de masques chirurgicaux au début de la crise. Une situation due à des choix économiques et à une stratégie de court terme.

Sans vouloir trouver des responsables à la pénurie, le médecin réclame des réponses afin de "comprendre pourquoi dans notre système de santé, dans les mécanismes de décision, on est arrivé dans cette situation-là", et éviter de se retrouver à nouveau dans une situation de manque de protections.

"Aujourd'hui on a une deuxième vague, si on se retrouve dans la même situation, qu'est ce qu'il se passe? Est-ce qu'on est prêt?", s'est interrogé Jean-Paul Ortiz.
Salomé Vincendon