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Attentats: les ventes d'anxiolytiques augmentent en France

L'employé d'une pharmacie de Lens, le 20 septembre 2013.

L'employé d'une pharmacie de Lens, le 20 septembre 2013. - Philippe Huguen - AFP

C'est une des conséquences des attentats de la semaine passée: la vente d'anxiolytiques est en hausse en France, selon Le Figaro. Mais les spécialistes préviennent: les molécules ne règlent pas tout.

Après les attentats de la semaine passée en France, les Français semblent peu rassurés. En témoigne un chiffre éloquent: les ventes d'anxiolytiques ont augmenté de 18,2% depuis le vendredi 9 janvier, selon la société Celtipharm, qui recense pour Le Figaro les transactions dans 4.800 pharmacies représentatives.

La dernière fois que les Français s'étaient rués sur un médicament, c'était après la catastrophe nucléaire de Fukushima. Les ventes d'iode, préconisées en cas de rejets radioactifs, avaient alors augmenté.

Confrontation directe avec la mort

Le recours accru aux anxiolytiques n'étonne pas les spécialistes. Hélène Romano, docteur en psychopathologie jointe par BFMTV.com, y voit deux explications: "d'abord, les Français ont été confrontés directement à la mort, un événement traumatisant majeur. On a vu des images de morts en direct, et tourner en boucle. Et ensuite, beaucoup de politiques ont dit publiquement qu'il ne fallait pas avoir peur. C'est une erreur: en disant cela, on dénie le ressenti des gens, on les survictimise. Conclusion, ils ne se sentent pas normaux, et vont voir leur généraliste qui leur prescrit des anxiolytiques".

Les habitants de région parisienne sont les plus concernés par ces achats: c'est d'ailleurs à Paris et dans ses alentours qu'ont eu lieu les attentats de la semaine passée. Selon le docteur Bernard Begaud, interrogé par RTL, les anxiolytiques "sont là pour constituer un traitement de courte durée, pour des syndromes d'anxiété, d'angoisse ou d'insomnie".

Apprendre à décrypter sa peur

Toutefois, les médecins préviennent: prendre des anxiolytiques n'arrangera rien: "cela va avoir un 'effet pansement', mais ça ne règlera rien", explique Hélène Romano. "Les molécules sont une aide, mais ne font pas tout". Comment alors apprendre à gérer sa peur sans avoir recours aux médicaments? "Tout le monde n'a pas peur de la même chose: il faut donc d'abord essayer de décrypter sa peur, savoir d'où elle vient, et ensuite il faut savoir quels symptômes physiques elle entraîne: de la tachycardie, des tremblements, etc", recommande Hélène Romano. "Une fois qu'on a mis du sens sur cette peur, on peut communiquer avec les autres, envoyer un SMS à un proche, un message sympathique". Bref, il faut apprivoiser sa peur, mais ne surtout pas la nier. Et la spécialiste de conclure: "les gens qui disent que tout va bien et qu'ils ne s'inquiètent pas sont finalement ceux qui me préoccupent le plus".

Ariane Kujawski