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Après les doutes autour d'AstraZeneca, des médecins rappellent que le risque zéro n'existe pas en médecine

D'importants écarts de prix sont observables selon le médicament

D'importants écarts de prix sont observables selon le médicament - Stéphane Sakutin - AFP

L'Agence européenne du médicament (EMA) a qualifié, jeudi, le vaccin AstraZeneca de "sûr et efficace", après plusieurs jours de questionnements autour du produit. Des craintes qui ont amené des médecins à rappeler que le risque zéro n'existe pas en médecine et que généralement les bénéfices de certains médicaments outrepassent leurs effets secondaires.

Jeudi après-midi, après plusieurs jours d'interrogations, l'Agence européenne du médicament (EMA) a tranché. Le vaccin AstraZeneca est un vaccin "sûr et efficace" contre le Covid-19, a déclaré la directrice de l'EMA, Emer Cooke, lors d'une conférence de presse.

Dans ses conclusions, l'agence estime que le vaccin "n'est pas associé à un risque élevé de caillot sanguin", contrairement à ce qui était craint, et que "ses bénéfices pour lutter contre la menace du Covid-19 l'emportent sur les risques de développer des effets secondaires".

Un avis de l'EMA qui a encouragé plusieurs pays à reprendre la vaccination avec AstraZeneca, comme la France, l'Allemagne ou encore l'Italie, même si l'agence européenne précise qu'elle ne peut pas "exclure définitivement" un lien avec des troubles de la coagulation rares.

Des risques "calculés"

Les investigations se poursuivent et des informations concernant ce risque de troubles de la coagulation seront ajoutées dans la notice du vaccin destinée aux professionnels de santé.

Mais en médecine, "le risque zéro n'existe pas", rappelait mardi le professeur Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, sur Europe 1, dans l'attente de l'avis de l'EMA.

"Il y a quelque chose que l'on a tendance à oublier depuis le début de cette épidémie. On pense que l'on est immortels, mais on ne l'est pas et le risque zéro n'existe pas", a-t-il souligné.

Comparaison avec la pilule

"Chaque médicament a des effets indésirables", abonde Benjamin Davido, infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches, auprès de BFMTV.com

"Quand vous prenez du paracétamol, de l'aspirine ou de l'ibuprofène, il suffit de regarder la notice, il y a des effets indésirables. Même si certains sont rares, exceptionnels. Il s'agit toujours de risques calculés, mesurés", explique-t-il.

Face aux débats sur la risques associés au vaccin d'AstraZeneca, de nombreux internautes ont également rappelé, sur les réseaux sociaux, que la prise de la pilule contraceptive expose les femmes à un sur-risque de thrombose.

Une donnée qu'a également mise en avant Frédéric Adnet, chef du service des urgences de l'hôpital Avicenne de Bobigny, mardi, sur Franceinfo:

"On a 34 thromboses pour 17 millions de vaccins administrés. C'est peu. Tous les jours, on prescrit la pilule contraceptive aux femmes avec une incidence de thrombose acceptée de 1 pour 1000."

Selon l'Inserm, "on déplore chaque année 0,5 à 1 cas de thrombose pour 10.000 femmes sans contraception hormonale".

"Ce risque passe à 2 pour 10.000 femmes sous pilule de première ou deuxième génération, dont le progestatif est la noréthistérone, le lévonorgestrel ou le norgestrel, et à 4 pour 10.000 femmes sous pilule de 3e et 4e génération", précise l'Institut national de la santé et de la recherche médicale.

Effet nocebo

Benjamin Davido explique également que, lors de tests pour des médicaments, des personnes qui reçoivent un placebo, un médicament sans principe actif, vont pourtant décrire des effets indésirables. Il s'agit de l'effet nocebo.

"Il faut comprendre que des doutes d'effets indésirables existent aussi. Si on regarde les essais d'AstraZeneca ou de Pfizer, dans le groupe placebo, il y a des effets indésirables décrits. Il ne faut pas banaliser, mais pondérer, relativiser un certain nombre d'alertes, qui doivent exiger une surveillance rapprochée", a-t-il décrit.

Pour l'infectiologue, "on ne peut pas tout le temps être dans le contrôle absolu et le risque zéro, car de toute façon, ça n'existe pas". "Même avec un placebo, il existe un effet nocebo", conclut-il.

Clément Boutin Journaliste BFMTV