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Antivax: la pétition contre le DT-Polio du professeur Joyeux remise en question

Vaccination à l'Institut Pasteur, en 2013.

Vaccination à l'Institut Pasteur, en 2013. - Denis Charlet - AFP

Le professeur Joyeux, célèbre chirurgien et cancérologue mène depuis quelques jours une nouvelle croisade contre la vaccination des enfants, dénonçant à travers une pétition un "scandale d'Etat". Sur le web, le blog "Rougeole Epidémiologie" démonte, argument contre argument, cette démarche jugée partiale et orientée.

Lanceur d'alertes ou idéologue biaisant certaines réalités scientifiques pour les faire aller dans son sens? Pour celles qui se font appeler Julie et Louise sur le blog Rougeole Epidémiologie, le débat est tranché. Elles considèrent que Henri Joyeux, célèbre chirurgien et cancérologue, n'est qu'un "lanceur de pseudo-alertes".

Dans leur billet du 21 mai repéré par Rue89 et intitulé "Vaccin DT-Polio: faut-il signer la pétition Joyeux IPSN?", les deux auteures posent la question pour aussitôt déconstruire pièce par pièce l'argumentation du médiatique professeur. Un "appel urgent" qui a recueilli plus de 360.000 signatures à date de ce lundi.

Rue89 indique, en préambule, que Henri Joyeux a été "longtemps président de l’ultraconservatrice association Familles de France". Quant à l'IPSN dont le site héberge la pétition, il s'agit de l'Institut pour la protection de la santé naturelle. Cette association sans but lucratif basée à Bruxelles et habituée des pétitions controversées est notamment suspectée de revendre les e-mails des signataires. Une accusation qu'Augustin de Livois, son fondateur, réfute tout en ne faisant pas mystère de ses activités de lobbyiste par ailleurs. 

Les arguments massue du professeur Joyeux

Pour porter son discours, Henri Joyeux, qui n'en est pas à son galop d'essai et avait déjà porté une pétition contre la "vaccination massive des enfants contre les papillomarivus", ne fait pas dans la nuance. Dans son viseur, l'Infanrix Hexa, version du vaccin obligatoire DT-Polio, est dénoncé comme trop "lourd", voire dangereux pour les nourrissons. "Ce cocktail-là, je ne veux pas le prendre", assurait-il le 22 mai sur RMC. La suite de l'exposé pétitionnaire fait état d'un complot aux visées commerciales ourdit par "les laboratoires pharmaceutiques" qui organisent "une vente forcée", quitte à provoquer chez les petits enfants "une tempête immunitaire" causée par des "additifs neurotoxiques" et "cancérogènes", tandis que "les autorités sanitaires restent étrangement silencieuses".

Sur le fond du débat, les laboratoires font quant à eux valoir que cette pénurie de vaccins "classiques" existe, mais qu'elle est due à la demande croissante des pays émergents. Un argument repris à leur compte par les deux auteures du billet hostile à la pétition qui pointent "une augmentation de la demande mondiale".

L'article ne nie pas que certains vaccins, tel le "trivalent DTP (diphtérie-tétanos-polio) pour la primo-vaccination", posent des problèmes. C'est pour cela, soulignent les auteures, qu'"il n'est plus produit pour le marché français (à cause d'une augmentation importante du nombre de manifestations allergiques)".

Mais des solutions alternatives existent. Ainsi face aux pénuries des vaccins "tétravalent" et "pentavalent", il n'est pas obligatoire d'opter pour "l'hexavalent" tant critiqué par le professeur Joyeux. La "solution de remplacement gratuite (kit DT-vax + imovax polio)" peut être adoptée, après commande par son médecin traitant. "Il est donc toujours possible pour les parents de satisfaire seulement aux obligations vaccinales", font-elles valoir.

Des libertés prises avec les "consensus scientifiques"?

"Quand les contre-vérités sont énoncées en masse, la tâche devient compliquée. Mais nous avons décidé de relever le défi", avancent dans leur propos liminaire les détractrices du professeur Joyeux. Une petite dizaine d'arguments sont passés au tamis du blog "Rougeole Epidémiologie". "Rappelons qu’un cancérologue n’est ni vaccinologue, ni épidémiologiste. Se prévaloir de ses titres pour tirer à boulets rouges dans le consensus scientifique ne dispense pas d’avoir à fournir une argumentation rationnelle", tance le blog pour débuter son argumentaire. 

Un autre exemple part d'une question dont la légitimité apparente semble inattaquable. Pourquoi vacciner les enfants contre l'hépatite B alors qu'il s'agit d'"une maladie sexuellement transmissible qui ne concerne pas les bébés?" Là encore, le contre-argument est que ce qui semble être une absurdité dénoncée par le professeur Joyeux ne tiendrait pas compte des "autres voies de transmissions de cette maladie (petites plaies, morsures, égratignures). Quant au risque que ce vaccin provoque une "sclérose en plaques agitée comme un chiffon rouge par le professeur Joyeux", l'assertion irait une fois de plus contre "le consensus" scientifique, dénoncent les auteures.