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Antitiobitiques: la France au-dessus de la moyenne européenne, et c'est dangereux

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Un nouveau rapport de l'Agence nationale de sécurité du médicament indique que les Français sont toujours de gros consommateurs d'antibiotiques, même au niveau européen. L’objectif d’une baisse de 25% de leur utilisation fixé par un plan national ne sera pas donc atteint alors que le phénomène "d'antibiorésistance" constitue une menace pesant sur la santé mondiale.

Les antibiotiques sont des médicaments utilisés pour traiter les infections bactériennes. Il existe plusieurs familles d'antibiotiques et chacune s'attaque spécifiquement à un groupe restreint de bactéries. Mais cette famille de médicaments est victime de son succès, car trop souvent considérée comme un remède qui soigne tout, tout de suite. Selon l'Assurance maladie, la consommation française d'antibiotiques est très au-dessus de la moyenne européenne car elle classe le pays dans les pays à forte consommation.

"En 2013, elle se situait au 2ème rang des pays les plus forts consommateurs d’antibiotiques, derrière la Grèce", selon elle. "Pour lutter contre le développement des résistances bactériennes, vous devez faire confiance à votre médecin car il sait quand les antibiotiques sont nécessaires et quand ils ne le sont pas." Un rapport de l'ANSM pour l'année 2016 confirme cette tendance, apparue depuis 2010. Ainsi, la consommation en ville a augmenté de 5,6% entre 2011 et 2016, avec une croissance de 1,3% entre 2015 et 2016.

Plus précisément, la consommation exprimée en nombre de Doses Définies Journalières pour 1000 habitants et par jour a atteint en 2016 le niveau de 30,3 DDJ/1 000 h/jour. "Près des deux tiers de la consommation provient des bêta-lactamines, pénicillines, soit 65,2% de la consommation d’antibiotiques en ville. On retrouve l’association amoxicilline-acide clavulanique, antibiotique générateur de résistances bactériennes qui figure dans la liste des antibiotiques critiques", explique l'ANSM.

Une baisse insuffisante des antibiotiques "critiques"

L'Agence établit ainsi un constat paradoxal en ce qui concerne l'évolution de leur consommation en ville sur ces seize dernières années. L’utilisation de nombreuses classes a diminué depuis 2000, parfois dans des proportions importantes (macrolides et céphalosporines). Mais d’année en année, y compris entre 2015 et 2016, la part des fameux bêta-lactamines et pénicillines ne cesse de progresser. Ce qui explique que, malgré un moindre usage de certaines familles d’antibiotiques, la consommation ait globalement augmenté.

En revanche, à l'hôpital "la consommation globale se caractérise par une très grande stabilité depuis plusieurs années", précise l'Agence. Cette dernière s'intéresse plus particulièrement à l'usage des antibiotiques dits "critiques", soit les antibiotiques particulièrement générateurs de résistances bactériennes et ceux "de dernier recours", dont la prescription en première intention doit être évitée. En 2016, ces derniers représentent 35% de la consommation totale d’antibiotiques en France (contre 36,5% en 2015).

Une baisse qui s'explique par un recul de l'utilisation de certaines substances comme les céphalosporines de 3e génération et les fluoroquinolones, malgré une stabilité de l'usage de l’amoxicilline-acide clavulanique. Un résultat positif pour les auteurs du rapport, "même si la variation demeure de faible ampleur." En effet la lutte contre l’antibiorésistance, qui entraîne une prolongation des hospitalisations et une augmentation des dépenses médicales, ne repose pas seulement sur une réduction des quantités consommées.

L'importance de remédier à un usage excessif

"Elle implique également une maîtrise de cette consommation sur le plan qualitatif, de façon notamment à "épargner" les substances antibiotiques générant le plus de résistances bactériennes", précisent-t-ils. Quant aux pathologies pour lesquelles ces médicaments ont été prescrits en 2016, les affections ORL et des voies respiratoires basses étaient, en ville, à l’origine de deux prescriptions sur trois, avec les affections de l’appareil urinaire (16,4 %) ainsi que les maladies des muqueuses et de la peau (9,3 %).

Ces chiffres font que la France se situe toujours bien au-dessus de la moyenne européenne, selon les données de l'ECDC*: 21,9 DDJ/1000 h/jour contre 30,3 DDJ/1000 h/jour. Elle se situe ainsi au 3e rang des pays les plus consommateurs, derrière la Grèce (36,3 DDJ/1000 h/ jour) et Chypre (33,0). "Ces trois pays sont également ceux au sein desquels l’utilisation d’antibiotiques hors prescription était la plus importante en 2013 comme en 2016", affirme le rapport.

Le pays fait donc toujours figure de mauvais élève, malgré le lancement du "Plan national d’alerte sur les antibiotiques 2011-2016" qui prévoyait un objectif de réduction de leur consommation de l’ordre de 25% sur cinq ans. "L’émergence et la diffusion de bactéries résistant à pratiquement tout l’arsenal thérapeutique constituent un défi auquel les autorités de santé et les professionnels de santé, mais aussi l’ensemble de la société française sont désormais confrontés", indiquait le ministère de la Santé dans ce rapport.

Même constat du côté de l'OMS** pour qui "l’usage abusif ou excessif des antibiotiques accélère le phénomène de la résistance, de même que de mauvaises pratiques de prévention et de lutte contre l’infection. On peut prendre des mesures à tous les niveaux de la société pour réduire l’impact et limiter la propagation des résistances." En septembre, elle a publié un rapport indiquant que le nombre de nouveaux antibiotiques en cours de mise au point est très insuffisant pour combattre cette menace croissante.

*l’European Center for Disease Prevention and Control **Organisation Mondiale de la Santé

Alexandra Bresson