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Anticoagulant Pradaxa: à quel point est-il dangereux?

Une boîte de Pradaxa, un anticoagulant de nouvelle génération commercialisé par le laboratoire allemand Boehringer.

Une boîte de Pradaxa, un anticoagulant de nouvelle génération commercialisé par le laboratoire allemand Boehringer. - -

Si le risque d'hémorragie, déjà connu comme effet indésirable, peut être accru pour les personnes âgées, l'Agence du médicament appelle à ne pas cesser de prendre le traitement avant d'avoir consulté son médecin.

Le Pradaxa est-il le nouveau médicament à craindre? Prescrit pour empêcher la formation de caillots dans les vaisseaux sanguins et éviter les accidents vasculaires cérébraux, cet anticoagulant de nouvelle génération peut être responsable d'hémorragies. Un effet indésirable connu, mais qui comporte des risques énormes.

Des centaines de décès suspects ont ainsi été dénombrés ces dernières années, notamment en Allemagne, et quelques-uns en France: les familles de quatre personnes âgées, décédées début 2013, ont décidé de porter plainte contre le laboratoire allemand Boehringer Ingelheim, et contre l'Agence française du médicament (ANSM).

Pas d'antidote prévu

Le principal problème, selon l'avocat des familles Me Philippe Courtois, est que le laboratoire n'ait pas prévu d'antidote. "Sur ce produit de santé, lorsqu'il y a un effet indésirable, une hémorragie grave qui peut conduire au décès, le médecin est impuissant", a-t-il pointé lors d'une conférence de presse mardi matin.

Le laboratoire Boehringer Ingelheim a réagi mardi après-midi, en indiquant que les autorisations de vente du Pradaxa avaient été obtenues "sur la base d'une réduction du risque de survenue des accidents vasculaires cérébraux par rapport au traitement de référence", les AVK, une classe d'anticoagulants plus ancienne.

"Sauf pour les personnes âgées", estime néanmoins Me Courtois. Les victimes décédées en France avaient entre 70 et 83 ans. L'avocat a demandé à ce qu'il "ne leur soit pas donné de Pradaxa".

"Poursuivre son traitement"

Le laboratoire s'est pour sa part dit prêt à "collaborer activement" et à "se tenir à disposition des autorités qui conduiront les investigations". Tout en enjoignant les patients traités sous Pradaxa à "poursuivre leur traitement" avant "l'avis de leur médecin traitant".

L'ANSM a également rappelé "l'importance des traitements anticoagulants" et demandé "à tous les patients de ne pas interrompre leur traitement en cas de doute de consulter leur médecin traitant." Elle a en outre souligné le "rapport bénéfice/risque favorable" avec tous les anticoagulants, y compris ceux de nouvelle génération, "sous réserve d'un bon usage adapté à chaque patient".

"Risque d'hémorragie démontré"

Sur notre antenne, le docteur Alain Ducardonnet, spécialiste santé de BFMTV, a quant à lui relativisé l'idée d'un nouveau scandale sanitaire. "D'une part ce médicament s'adresse à des gens malades, d'autre part le risque d'hémorragie est parfaitement démontré dans les différentes études, et a bien été précisé par l'Agence du médicament", a-t-il souligné.

Pour lui, l'enquête doit simplement démontrer si le médicament a été pris par les malades "dans de bonnes conditions", "pour les bons patients" et "aux bonnes doses".

Mathilde Tournier avec Julien Migaud-Muller