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Alcool: les femmes boivent autant que les hommes, mais sont plus exposées aux risques

A consommation égale, les femmes sont plus sensibles à l'alcool que les hommes.

A consommation égale, les femmes sont plus sensibles à l'alcool que les hommes. - iStock - YakobchukOlena

Une grande étude d'envergure internationale montre que les femmes boivent désormais autant d'alcool que les hommes et sont donc tout aussi exposées aux problèmes de santé liés à une consommation excessive, voire plus vulnérables.

C'est une idée reçue qui n'a plus lieu d'être. Non, les hommes ne boivent pas plus d'alcool que les femmes puisque dans ce domaine, la parité semble d'actualité comme l'affirme une étude de chercheurs du centre national de recherche sur les drogues et l'alcool de l'université de Nouvelle-Galles du Sud en Australie.

Leurs conclusions montrent que les femmes ont rattrapé les hommes aussi bien en ce qui concerne la consommation d'alcool en général que pour la consommation excessive. En revanche, les conséquences pour la santé sont plus importantes chez cette population. Sans surprise, cette tendance connue sous le nom de "convergence de sexe", serait plus évidente chez les jeunes adultes.

Pour en venir à cette conclusion, les chercheurs ont rassemblé les données de 68 études publiées dans 36 pays, comptabilisant en tout quatre millions d'hommes et de femmes. Ces études comprenaient des données recueillies entre 1948 et 2014 et incluaient les populations nées entre 1891 et 2000. Les données montrent que les hommes nés entre 1891 et 1910 étaient un peu plus de deux fois (2,2 fois) plus susceptibles que leurs pairs de sexe féminin de boire de l'alcool.

La génération des 16 ans - 25 ans marque un tournant

C'est au début des années 1990 que la parité est pratiquement atteinte: les hommes nés entre 1991 et 2000 étaient seulement 1,1 fois plus susceptibles que les femmes de boire de l'alcool. Les tendances sont les mêmes en ce qui concerne une consommation problématique d'alcool, où l'écart entre les sexes est passé de 3 pour la génération 1891-1910 à 1,2 pour les personnes nées entre 1991 et 2000.

Même constat pour les méfaits associés à l'alcool, où l'écart entre les sexes est tombé de 3,6 à 1,3. Ainsi, les chercheurs ont calculé que l'écart entre les sexes diminuait de 3,2% par période de cinq ans. Au total, 42 études sur 68 ont rapporté des preuves de convergences des sexes, la plupart indiquant que la raison est liée à une plus grande consommation d'alcool chez les femmes.

Mais les chercheurs ont constaté qu'il subsiste néanmoins une différence entre les deux sexes dans ce domaine: alors que les femmes sont plus susceptibles que les hommes de se faire traiter pour un problème de santé physique ou mentale, c'est la tendance inverse pour celles qui souffrent de problèmes liés à l'alcool. Une conclusion qui doit amener à repenser les campagnes de prévention.

Les femmes biologiquement plus vulnérables

"Nous devons veiller à ce que les campagnes portant sur les méfaits de la consommation d'alcool soient conçues pour plaire aux hommes et aux femmes. Nous devons aussi réduire les obstacles comportementaux et structurels que rencontrent les femmes qui veulent se faire traiter", estiment les chercheurs.

Leurs conclusions sont d'autant plus importantes que les deux sexes ne sont pas égaux face à l'impact de l'alcool sur la santé. A consommation égale, les femmes sont plus vulnérables que les hommes sur le court terme, en raison d'un poids et d'une masse musculaire généralement plus faibles. Et lorsqu'il s'agit de consommation excessive: 

"Les dommages au foie sont plus graves chez les femmes et apparaissent aussi plus rapidement. Elles souffrent également plus vite de lésions cérébrales. Enfin, il ne faut pas oublier les répercussions typiquement féminines: risques accrus de cancer du sein, dérèglement du cycle menstruel", précise l'association Aide Alcool.

La France n'est pas épargnée par ce phénomène, comme l'ont montré deux campagnes de sensibilisation récentes: l'une contre le syndrome d'alcoolisation fœtale lancée par le gouvernement, l'autre contre la dépendance chez les jeunes femmes par l'association Addict Aides via un faux compte Instagram d'une certaine Louise Delage.

Alexandra Bresson