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Valls veut interdire le voile à l'université... des ministres réprouvent

Manuel Valls a été publiquement désavoué par deux de ses ministres sur la question du port du voile à l'université.

Manuel Valls a été publiquement désavoué par deux de ses ministres sur la question du port du voile à l'université. - Patrick Hertzog - AFP

En estimant qu'il fallait voter une loi contre le port du voile à l'université, Manuel Valls a déclenché les critiques de son propre camp. Jusqu'à essuyer les critiques de ses ministres. Ambiance. 

La polémique de trop. Dans une interview à Libération, Manuel Valls a affirmé mercredi qu'"il faudrait une loi" réglementant le port du voile à l'université. Le Premier ministre a également expliqué qu'une telle loi se heurterait à "des règles institutionnelles" qui la rendraient difficile.

Deux ministres montent au créneau

Le premier à avoir réagi dans les rangs du gouvernement est Thierry Mandon, secrétaire d'Etat à l'Enseignement supérieur.

"Il n'y a pas besoin de loi sur le voile à l'université. Si j'ai l'occasion de lui en parler (à Manuel Valls), je lui dirai qu'il n'y a pas besoin de loi. Ce que je vois sur le terrain, ce que me disent tous les présidents d'université, c'est qu'il n'y a pas de problème" estime le secrétaire d'Etat.

Quant à l'affirmation de Manuel Valls selon laquelle "ce voile identitaire, politique, revendiqué comme tel, en cachant la femme, vise à la nier", la réponse de Thierry Mandon, au micro de RTL, est sans appel. "Il y a des étudiantes qui ont tout à fait, parce qu'elles sont adultes, le droit de garder un foulard, le foulard n'est pas interdit dans la société française" estime-t-il.

"Il y a une liberté de conscience, une liberté religieuse"

Dans la foulée, Najat Vallaud-Belkacem a tenu elle aussi à réagir aux propos du Premier ministre. La ministre de l'Education a déclaré sur BFMTV et RMC qu'elle n'était "pas pour l'interdiction du foulard à l'université".

"Il y a une liberté de conscience, une liberté religieuse qui fait qu'on ne va pas imposer les mêmes contraintes à des mineurs qu'à des étudiants. Je rappelle aussi que nos universités accueillent beaucoup d'étudiants étrangers. Va-t-on leur interdire l'accès aux universités parce que dans leur culture il y a tel type vestimentaire?" s'est interrogée la ministre.

Les deux ministres ne sont pas les seuls à contredire Manuel Valls. La grogne a également gagné les rangs du Parti socialiste, dont plusieurs députés se sont offusqués des déclaration du Premier ministre. Ils ont été rejoints par de nombreux internautes, étudiants ou professeurs, qui ont rappelé à Manuel Valls les "vrais problèmes" des universités.

Le PS et les universitaires vent debout

Deux députés socialistes ont tenu à montrer leur désaccord avec la volonté de Manuel Valls d'interdire le port du voile à l'université. Le premier est Guy Delcourt, député du Pas-de-Calais qui a dénoncé sur Twitter une "obsession grave" du chef du Gouvernement. Mercredi matin, c'est Patrick Menucci, député de Marseille, qui s'est exprimé estimant que le débat lancé par Manuel Valls "n'existe pas".

Les deux élus ont été rapidement rejoints par de nombreux internautes, professeurs ou étudiants, qui ont décidé d'interpeller Manuel Valls sur ce qu'ils considèrent être les "vrais problèmes de l'université". Le hashtag attribué à cette initiative était l'un des plus populaires mercredi après-midi, avec plus de 12.000 messages postés.

Paul Aveline