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Un vice-président de l'Assemblée nationale demande à Castex la sortie de l'état d'urgence sanitaire

Hugues Renson au Perchoir.

Hugues Renson au Perchoir. - JACQUES DEMARTHON / AFP

Le courant "En Commun !", interne à La République en marche, qui regroupe 46 députés dont le vice-président de l'Assemblée nationale Hugues Renson, a adressé jeudi un courrier à Matignon réclamant la fin de l'état d'urgence sanitaire.

La demande est forte et pèse d'autant plus qu'elle émane d'un vice-président de l'Assemblée nationale, Hugues Renson, cadre de La République en marche, et du courant qu'il représente. Le groupe "En Commun !", famille interne à la principale formation de la majorité forte de 46 députés, a ainsi adressé une lettre au Premier ministre Jean Castex jeudi, prenant position pour une sortie de l'état d'urgence sanitaire.

Le 9 février dernier, l'Assemblée nationale a en effet adopté définitivement le texte le prolongeant jusqu'au 1er juin 2021. Le groupe La République en marche a fait bloc, et le député élu à Paris, Hugues Renson, figure d'ailleurs parmi les parlementaires ayant approuvé la mesure. Mais son courant "En Commun !" a décidé ce jeudi de lancer le débat au sein de la majorité, via une missive au chef du gouvernement. Celle-ci a été publiée sur Twitter ce vendredi.

Un risque pour les institutions

Après avoir à nouveau appuyé l'opportunité initiale d'un tel état d'urgence sanitaire pour faire face au Covid-19, le texte rappelle que dans son livre Révolution, paru en 2016, Emmanuel Macron avait milité pour sortir "dès que possible de l'état d'urgence sécuritaire", arguant de l'impossibilité de vivre en permanence dans un régime d'exception et de la nécessité de revenir au droit commun.

La lettre adressée à Jean Castex poursuit alors:

"Cinq ans après la publication de cet ouvrage, nous faisons nôtre cette analyse. Nous entendons aujourd’hui chez nos concitoyens la lassitude croissante envers une urgence qui n'en est plus une."

"Et nous considérons qu'un état d’exception ne saurait devenir la règle, sauf à dénaturer nos institutions et porter atteinte au bon fonctionnement de notre vie démocratique", ajoute-t-on encore.

Des restrictions "insupportables"

C'est la question de l'exercice des libertés fondamentales qui fait ainsi le coeur du message destiné au Premier ministre. "Nous ne doutons pas évidemment de l’attachement absolu de votre gouvernement, et par-delà, du président de la République au caractère démocratique de nos institutions et aux libertés fondamentales", nuancent les auteurs du document avant de continuer:

"Mais si la crise sanitaire a souligné une fois encore l’utilité et la légitimité d’un cadre légal qui permet d’agir vite et fort, elle a illustré également le risque de s’accommoder de procédures simplifiées et de s’accoutumer à des restrictions de liberté qui, dans un contexte de normalité, seraient insupportables pour une vieille démocratie comme la France."

"Nous ne pouvons ni ne voulons nous habituer à voir les Français vivre dans un état d’exception permanent, et ce faisant accepter – pour des motifs toujours réels mais de plus en plus nombreux – la restriction de leurs libertés", achève alors le texte sur ce point.

Un Conseil de Défense qui concentre d'autres griefs

La sortie de l'état d'urgence sanitaire n'est pas la seule doléance de cette lettre qui prône aussi l'inscription de ce régime dans la constitution, afin de le flanquer de "garde-fous", et une plus grande transparence autour notamment du Conseil de Défense:

"Ce toilettage institutionnel que nous appelons de nos voeux permettra par ailleurs de définir et d’expliciter la composition, les missions, les prérogatives et le contrôle des instances de décision qui -comme le Conseil de Défense - n'ont aujourd’hui pas d’existence institutionnelle ce qui alimente chez bon nombre de nos concitoyens l’idée d’une certaine forme d’opacité, voire de défiance".

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV