BFMTV

Sur le mariage gay, l’UMP a deux trains de retard

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

Nouvelle manifestation dimanche contre le mariage gay, avant le vote solennel de la loi prévu mardi. La droite parlementaire affiche désormais ouvertement son soutien aux opposants à ce projet.

Sur le fond du débat, la position des opposants est anachronique : elle consiste à refuser non pas l’atteinte portée à un droit mais l’élargissement d’un droit ; elle revient surtout à ignorer qu’il existe déjà des familles homoparentales, dont les enfants doivent être protégés par la loi. Et sur la ligne politique, l’UMP s’est d’abord tenue à distance du mouvement – pour ne pas rendre trop visibles ses dissensions sur le sujet. Et c’est maintenant que la contestation donne des signes d’épuisement qu’elle s’y raccroche. C’est ce qui s’appelle avoir deux trains de retard. Ou voler au secours… de la défaite.

Le mot d’ordre des chefs de l’UMP, c’est de réclamer un référendum. Est-ce que c’est aussi déraisonnable que cela ?

Déraisonnable et démagogique. Les chefs de l’UMP savent qu’un référendum sur le mariage n’est ni juridiquement possible ni politiquement souhaitable. Le texte n’entre pas dans le champ du référendum prévu par la Constitution (qui parle de réformes « sociales », pas « sociétales »). Il aurait pu faire l’objet d’un référendum d’initiative populaire, mais Nicolas Sarkozy, qui a fait adopter ce dispositif en 2008, ne l’a jamais fait entrer en vigueur. Sans doute qu’il avait compris que c’était ouvrir la voie à une forme d’opposition extra-parlementaire qui peut tourner à la guérilla. Ses anciens amis font semblant de l’oublier…

Est-ce que l’UMP n’essaie pas, tout simplement, de capitaliser sur l’impopularité de la réforme du mariage parmi les électeurs de droite ?

Sans doute – à ceci près que si l’UMP en fait un sujet crucial, on ne comprend pas pourquoi Jean-François Copé et les siens ne se sont pas portés aux avant-postes dès le début ; et s’il ne s’agit que d’une tactique, c’est le choix d’une radicalisation que, par ailleurs, ils démentent. Parce que le seul phénomène vraiment nouveau de cette contestation, c’est l’irruption de groupes d’extrême-droite qui, sous les drapeaux roses et bleus, donnent au mouvement une coloration brunâtre. Si c’est par calcul que l’UMP défile avec ces gens-là, c’est un calcul discutable.

Harlem Désir accuse l’UMP de profiter de la cause du mariage gay pour opérer un rapprochement avec le FN. A-t-il raison ?

Ce n’est pas parce que des élus de droite se sont trouvés dans le même défilé que Gilbert Collard qu’on peut parler de rapprochement. En fait, il est clair que Marine Le Pen n’est pas à l’aise avec le thème du mariage gay – sans doute qu’elle a peur d’abimer l’image d’un FN en cours de modernisation. Donc il y a plutôt, à l’UMP, une envie de profiter des derniers feux de cette contestation pour afficher de la radicalité. Si c’est juste pour complaire à un électorat attaché à la famille traditionnelle, on dira que c’est un baroud d’honneur. S’il s’agit d’engager une surenchère avec le FN, c’est un baroud de déshonneur.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce lundi 22 avril.

Hervé Gattegno