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Simone Veil: "J’ai le sentiment que le jour où je mourrai, c’est à la Shoah que je penserai"

Survivante de la Shoah, Simone Veil s'est imposée, à travers ses témoignages, comme un grand témoin de la déportation.

La Shoah aura profondément marqué sa vie. Déportée à l'adolescence, Simone Veil, née Jacob, a connu l'effroi et la douleur. Elle est décédée le 30 juin 2017 après une vie d'action et de témoignage. Le 30 mars 1944, elle n'a que 16 ans lorsque sa famille est arrêtée, à Nice, par la Gestapo, et envoyée à Drancy. Moins d'un mois plus tard, elle se fait déporter à Auschwitz, en compagnie de sa mère et de sa soeur Madeleine.

Seule survivante de sa famille avec ses deux soeurs

Pendant neuf mois, les trois femmes sont contraintes d'effectuer de lourds travaux de terrassement. Un quotidien qui durera jusqu'au 18 janvier 1945, jour du début de la marche de la mort. Les Allemands, menacés par l'avancée des troupes soviétiques, rassemblent les 40.000 déportés, et les font marcher pendant des dizaines de kilomètres dans le froid, avant de les déporter à Bergen-Belsen.

À la libération du camp par les Anglais, Simone a perdu une grande partie de sa famille. Seule sa soeur Madeleine, déportée comme elle, et sa soeur Denise, résistante qu'elle retrouvera plus tard, sont toujours en vie. Sa mère, atteinte du typhus, n'a pas survécu à la maladie et s'est éteinte à Bergen-Belsen. Son père et son frère n'ont plus jamais donné de signe de vie. Elle n'apprendra qu'en 1978, grâce à sa rencontre avec l'historien Serge Klarsfeld, que les deux hommes de sa famille sont décédés en Lituanie.

Le souvenir de la guerre

Malgré la douleur, Simone Veil n'a jamais cherché à oublier cette période tragique de sa vie. Elle a, au contraire, tenté d'en cultiver la mémoire tout au long de son existence. Elle gardera jusqu'à sa mort le numéro de matricule 78651, tatoué sur son bras gauche par les Allemands lors de sa déportation, signe du souvenir.

Simone Veil s'est imposée comme un témoin de la Shoah. Elle est la première à livrer publiquement ses ressentis et son histoire sur cet événement. Elle le fit notamment en 1997, lors d'un entretien de plus d'une heure accordé à Laure Adler, pendant lequel elle raconte avec émotion et pudeur son arrestation et la déportation de sa famille.

Grande figure de la mémoire de la Shoah

Elle continuera à livrer son histoire à travers ses mémoires, intitulés Une vie (2007) et plusieurs apparitions publiques. Elle crée l'émotion à l'Académie française en 2010, en rendant un vibrant hommage à ses parents.

Au-delà de son témoignage, Simone Veil se bat toute sa vie en faveur de la mémoire de l'Holocauste. Elle devient présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah en 2000, statut qu'elle conservera jusqu'en 2007, avant d'en devenir présidente d'honneur. Elle tente de respecter le souvenir des défunts, et de porter leur voix.

La marque de la guerre au quotidien

Elle gardera de ces années tragiques une certaine gravité sur son visage, interprétée par certains comme de la froideur. Lors de sa réception à l'Académie Française en 2010, Jean d'Ormesson soulignait, comme une réponse à ses détracteurs: "On ne sort pas de la Shoah le sourire aux lèvres".

Pas un jour ne passe sans que le souvenir de la Shoah ne resurgisse. Simone Veil déclarait à ce sujet, en 2009:

"J’ai le sentiment que le jour où je mourrai, c’est à la Shoah que je penserai".

Céline Penicaud