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Ségolène Royal se prend pour la 1ère dame… de la majorité !

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

Dans un entretien accordé au Monde, S. Royal fait la leçon à F. Hollande et au gouvernement. Elle dit notamment que « du temps a été perdu » pour les réformes et qu’il faut « restructurer » le ministère de l’Economie.

A lire ses déclarations, on pourrait la croire dans l’opposition : pas grand-chose ne trouve grâce à ses yeux. A part la guerre au Mali et les mesures sur la transparence, elle ne trouve rien de positif dans l’action de François Hollande. En fait, elle a rêvé d’être la 1ère femme à l’Elysée, puis la 1ère présidente de l’Assemblée : elle postule maintenant à un statut de 1ère dame de la majorité : une sorte de surmoi pour François Hollande et pour la gauche, qui dirait ce qui doit ou ne doit pas être fait. En fait, elle est comme une actrice qui regrette sa gloire passée. Elle cherche un rôle. Et comme personne ne veut lui en inventer un, elle se l’écrit toute seule.

En quoi pourrait consister ce rôle ? Vous pensez qu’elle fait des offres de service pour entrer au gouvernement ?

Ségolène Royal a une trop haute opinion d’elle-même pour se contenter de présider Poitou-Charentes. Quand on l’interroge sur sa participation à un éventuel remaniement, elle ne répond pas non mais « ce n’est pas d’actualité ». Et sur le fait de savoir s’il faudrait changer de gouvernement : « Il faut toujours être dans le mouvement ». On est prié de comprendre qu’elle est disponible… Elle reproche à François Hollande d’avoir perdu du temps – elle a raison. Mais pour elle, le péché originel, c’est d’avoir voulu se passer d’elle. Ce péché, il va falloir l’expier. Comme elle n’est pas près d’être nommée, le supplice va durer.

Vous êtes sûr que F. Hollande ne va pas faire appel à elle ? Après tout, le gouvernement a des manques et les personnalités expérimentées à gauche ne sont pas si nombreuses…

Son expérience récente est plutôt celle de l’échec que du triomphe. Elle a plus de grands airs qu’elle n’a eu de grands ministères, préside l’une des plus petites régions de France, n’a obtenu que 7% des voix à la primaire du PS en 2011 et a été battue aux législatives à La Rochelle. Malgré tout, elle pérore comme si la France entière attendait ses oracles. Elle a une ténacité et un toupet hors du commun. Pour son malheur, c’est le père de ses 4 enfants qui est à l’Elysée. On l’imagine mal lui confier un ministère. Elle peut trouver la vie injuste mais si c’est elle qui avait été élue, il est évident elle n’aurait pas non plus confié à François Hollande un secrétariat d’Etat !

Est-ce qu’il ne faut rien retenir de ses critiques ? Sur le désordre à Bercy, sur les retards de la lutte contre le chômage, elle n’a pas forcément tort…

C’est vrai – mais elle n’a pas non plus découvert la pierre philosophale ! Sur le chômage, elle prédit que les emplois d’avenir et les contrats de génération ne suffiront pas, soit. Que propose-t-elle ? Une « stratégie globale », une « société qui encourage le courage ». La belle affaire ! Elle dit aussi que pour aller vite, François Hollande aurait dû gouverner par ordonnances dès les 1ers jours : voilà une conception des rapports avec la majorité qu’elle n’aurait pas défendue si elle avait présidé l’Assemblée… C’est la limite du fonctionnement de Ségolène Royal : elle parle beaucoup du cœur en politique. En réalité, elle ne cherche qu’à être au cœur de la politique. Le ségolénisme est d’abord une forme d’égotisme.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce mardi 14 mai.

Hervé Gattegno