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Raffarin : « Dix ou quinze régions suffiraient en France »

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Jean-Pierre Raffarin, sénateur de la Vienne, commente l’actualité récente et s’attarde sur la réforme de l’Etat avec l’acuité de l’ancien premier Ministre qu’il était.

J-J B : Est-ce que vous ne trouvez pas que le colonel Kadhafi nous donne beaucoup de leçons ?
J-P R : Je pense que le voyage a été satisfaisant. On n’est pas pour autant obligé de prolonger. En ce qui me concerne, j’étais favorable à cette visite parce que d’abord, les infirmières bulgares valaient bien une visite. Ensuite je considère que le grand projet de Nicolas Sarkozy c’est l’union méditerranéenne. Sans la Libye, il n’y en aura pas, sans Israël non plus. C’est pour ça qu’il faut parler avec Kadhafi. C’est vrai que je suis un peu irrité quand j’entends parler du guide. Vous savez en Allemand, c’était un très mauvais mot.

J-J B : La France n’est pas ridiculisée par cette visite ?

J-P R : Absolument pas. Il faut que la France parle à tout le monde. A Hugo Chavez pour Ingrid Betancourt, elle parle au monde arabe, elle parle à Israël, à l’Afrique et surtout elle parle à L’Europe. Ce qui est important aujourd’hui c’est que grâce à Nicolas Sarkozy l’Europe sort de l’impasse et que nous avons une grande nouvelle : c’est le nouveau traité à Lisbonne. L’Europe était encalminée parce que la France avait dit tout haut ce que l’Europe pense tout bas. C’est une étape majeure que ce redémarrage de l’Europe.

J-J B : Ahmadinedjad a condamné les actes terroristes commis en Algérie ; s’il met un peu d’eau dans son vin on pourrait le recevoir en France ?
J-P R : Moi je pense que la France doit parler avec tous ceux qui vont vers l’apaisement. Le monde est rempli de tensions graves. Il est clair que l’accès à l’arme nucléaire accélère ces tensions. Et donc tous ceux qui s’engagent pour apaiser ces tensions sont utiles au monde. Il faut travailler pour la paix du monde, c’est la priorité de cette planète.

J-J B : Parlons du projet de loi sur le pouvoir d’achat et parlons du rachat des RTT. Les salariés concernés par le rachat des RTT non pris en 2007 pourront invoquer la loi en cas de refus de leur direction. Vous êtes d’accord ?J-P R : Je suis tout à fait d’accord.

J-J B : C'est-à-dire que je suis dans une entreprise. J’ai des RTT, mon entreprise ne veut pas me les racheter, je pourrais me retourner vers la loi ?
J-P R : Absolument, la loi est la pour protégée et elle doit protéger le salarié. C’est clair qu’à partir du moment où quelqu’un a fourni du travail et que cette personne là estime qu’un certain nombre de temps de vacances c’est beaucoup et qu’il préfère travailler ses jours de RTT, il faut que ce travail soit valorisé et qu’on puisse racheter les RTT. J-J B : Encore faut-il qu’il ait les moyens…J-P R : Il faut que l’entreprise ait les moyens et il faut aussi que la loi protège le salarié et lui donne des droits. J-J B : Cette prime de 1000 euros dans les petites entreprises qu’un chef d’entreprise peut accorder à un salarié… J’entends que c’est difficile pour beaucoup d’entreprises alors est ce que ça aura franchement une efficacité ?J-P R : Oui dans toutes celles qui gagnent de l’argent. Je considère que les entreprises qui ne gagnent pas d’argent aujourd’hui, qu’elles aient une politique salariale stricte c’est normal. Mais toutes celles qui gagnent de l’argent, il faut mieux, dans notre pays, qu’il y ait un autre partage des revenus. Je suis pour les 4 quarts. Quand vous gagnez 100 : 25% c’est pour les impôts, 25% pour la rémunération du capital, 25% pour les investissements, la recherche et l’avenir et 25% pour les salariés. Je suis pour que les entreprises qui aient de l’argent répartissent mieux les bénéfices. Humaniste et libéral. Celles qui ne gagnent pas d’argent ne peuvent pas inventer l’argent qu’elles n’ont pas et donc quand elles ont une politique salariale stricte, elles ne peuvent pas faire autrement. Quand on gagne de l’argent on doit pouvoir partager entre l’intérêt de l’entreprise et l’intérêt de l’avenir y compris des salariés, l’avenir de l’entreprise.

J-J B : Et on oblige les chefs d’entreprise ?

J-P R : Il faut essayer de convaincre avant d’obliger, mais surtout que les entreprises qui gagnent de l’argent soient socialement responsables.

J-J B : Pourquoi est-ce que les distributeurs ne peuvent pas négocier directement les prix avec les industriels ?

J-P R : Parce que les distributeurs ont abusé, sur un certain nombre de PME, en faisant des conditions générales d’achat qui sont souvent insupportables pour un certains nombre d’entreprises. Il y des référencements abusifs, et un certain nombre de problèmes posés et donc il faut réguler les relations entre les grands de la distribution, qui ont aujourd’hui un impact commercial majeur, et les industriels. Les grands peuvent discuter ensemble mais les petites et moyennes entreprises ont besoin qu’on les soutienne, qu’on les protège. C’est pour ça qu’on ne peut pas accepter la vente à perte, parce qu’une grande surface qui fait de la vente à perte, elle fragilise toutes les petites PME qui ne peuvent plus produire à ce prix là. La vente à perte est donc régulée par la loi.

J-J B : L’ouverture des magasins le dimanche, la Sénatrice UMP Isabelle Debré a déposé un amendement, projet de loi sur la consommation visant à autoriser l’ouverture le dimanche des établissements de commerce de détails et d’ameublements…

J-P R : Sur l’ameublement on peut discuter à condition qu’il n’y ait pas de généralisation du travail le dimanche, pour deux raisons : je suis contre pour une raison économique parce que dans le commerce indépendant ils ont besoin d’une journée de repos et au fond si on travaille le dimanche, on les oblige à travailler et ils sont pénalisés par rapport aux grandes structures qui elles peuvent faire travailler sept jours sur sept. Il faut une journée de repos, il faut donner une journée au temps de famille. Tout le monde dit qu’il y a aujourd’hui des problèmes avec la jeunesse, que les jeunes manquent de repères : une journée de relations intergénérationnelles est nécessaire, c’est important sur le plan social.

J-J B : Mais si le salarié veut travailler le dimanche ?

J-P R : Il va le faire ; il sera payer double et il aura une journée de récupération. Je ne suis pas opposé à ce qu’on discute de ça, mais territoire par territoire. Mais je suis contre la nationalisation de la décision. Il n’y a aucune raison qu’on traite les Champs Elysées, Nice le Gers ou les régions de la même manière. Laissons du point de vue départemental, qu’on apprécie le mode de vie dans le territoire. D’un point de vue de principe, je suis vraiment contre la généralisation. La Commission Athalie a proposé la généralisation du travail le dimanche. Il y a des territoires où ça créera des richesses mais beaucoup d’autres où ce qu’on consommera le dimanche c’est ce qui ne le sera pas le samedi ou le lundi. Ce n’est donc pas du pouvoir d’achat en plus, ni de l’activité en plus, c’est un transfert du samedi sur le dimanche et rien de plus sur le plan économique. Donc grande prudence sur ce sujet.

J-J B : Est-ce que les départements craignent d’être dépossédés de leurs compétences ?

J-P R : Il y a une inquiétude au niveau des départements. Parce qu’on leur a confié beaucoup de responsabilités. Au fond, une grande partie de notre vie sociale, notre cohésion sociale, est aujourd’hui sur les épaules du département. On va par exemple utiliser de plus en plus d’argent pour intégrer les handicapés et ça c’est forcément à la responsabilité du département. L’Etat a demandé aux départements de créer des maisons du handicap et ça leur coûte de l’argent, donc ils sont inquiets, donc il faut les rassurer sur ce sujet. A mon avis, on ne supprimera pas les départements parce ce qu’il s’agit de la cohésion sociale.

J-J B : Il ne faut pas supprimer les départements ?
J-P R : Je ne crois pas. Je pense qu’on peut diviser par deux le nombre de régions ; je pense que nos régions aujourd’hui sont trop nombreuses donc trop petites et pas assez puissantes. Je pense que le département a vocation à s’occuper du social, de la cohésion territoriale et sociale. La région a vocation à s’occuper de la stratégie économique et donc du développement économique et pour ça elle doit être plus puissante. J-J B : Donc en métropole, onze régions suffiraient au lieu de vingt-deux?J-P R : Entre dix et quinze régions suffiraient et à ce moment là on serait comme l’Espagne, comme l’Allemagne, comme les pays qui ont une véritable décentralisation. Je pense que nous avons trop de régions et notre régionalisation est dispersée et nos régions sont trop faibles. J-J B : Donc vous voudriez faire des départements un simple prestataire d’allocation sociale ?J-P R : Pas du tout, mais responsables de la cohésion sociale et territoriale.

J-J B : Est-ce qu’il faut supprimer les sous-préfets. J’ai vu que les préfets passeraient sous l’autorité des préfets de région, c’est bien ou pas ?
J-P R : Il ne faut pas supprimer la présence de l’Etat dans un certain nombre de territoires pour la cohésion sociale. C’est pour ça que j’appelle à un développement de la politique d’aménagement du territoire qui me parait à ce jour insuffisant. La carte judiciaire a eu un impact « aménagement du territoire » mais relativement faible.

J-J B : Vous le regrettez ?

J-P R : Non, je pense que c’est une bonne réforme, je la soutiens. C’est une bonne chose que la justice soit moins dispersée et plus efficace et plus juste. Je suis donc pour cette réforme mais par exemple si on fait une réforme de l’administration et qu’on veut supprimer un certain nombre de sous-préfectures, je dis qu’il faut faire attention. Je suis tout à fait d’accord avec ce qui a été proposé hier par Nicolas Sarkozy : qu’il y ait un patron des services de l’Etat et que le préfet de région soit le patron. Il faut que l’Etat soit représenté par un patron qui, face aux élus, face aux citoyens, puisse assumer des responsabilités. Aujourd’hui, une administration renvoie sur l’autre et personne ne répond à personne. Il faut que l’Etat soit hiérarchisé, structuré. Mais qu’en allégeant sa chaîne de décision reste présent au bout de la chaîne sur les territoires et notamment dans un certain nombre de sous préfectures rurales où la présence de l’Etat est nécessaire à la cohésion du territoire.

La rédaction-Bourdin & Co