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Prof de fac poursuivi pour des propos ironiques sur Manuel Valls: "une accusation aberrante"

Le Premier ministre Manuel Valls le 13 décembre 2015, lors du second tour des élections régionales

Le Premier ministre Manuel Valls le 13 décembre 2015, lors du second tour des élections régionales - Thomas Samson-AFP

Bernard Mezzadri, un professeur de l'université d'Avignon, est convoqué fin janvier par la justice. Il est accusé de "provocation à la haine". En cause: avoir ironisé sur des propos controversés de Manuel Valls. L'enseignant-chercheur dénonce "une tentative d'intimidation" et en appelle à la liberté d'expression.

Un maître de conférences de l'université d'Avignon, dans le Vaucluse, a rendez-vous fin janvier avec la justice. Il comparaîtra pour "provocation à la haine ou à la violence à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race". Objet du délit: avoir ironisé sur des propos controversés de Manuel Valls.

"Exprimer des opinions contradictoires"

Bernard Mezzadri, chercheur de 55 ans spécialisé en anthropologie de la religion grecque, est poursuivi pour avoir écrit, en mai 2015, un message ironique sur un espace de discussion privé réservé au personnel administratif et enseignant de l'université. A l'occasion de la venue du Premier ministre au sein de l'établissement quelques mois plus tard, il avait publié: "J'espère qu'en cette grande occasion la délégation de l'UAPV (université d'avignon, NDLR) comptera suffisamment de 'blancos' (et pas trop de basanés) afin de ne pas donner une trop mauvaise image de notre établissement". Il y qualifiait également Manuel Valls de "chasseur de Roms".

"Je me suis exprimé sur une liste de débat interne à l'université et non sur le site officiel, comme il l'est pourtant mentionné sur la citation à comparaître, remarque Bernard Mezzadri pour BFMTV.com. Le principe même de ce débat est qu'il soit possible d'y exprimer des opinions contradictoires."

Une accusation "parfaitement aberrante"

A la suite de ces propos, un signalement avait été fait par la précédente équipe de direction au recteur et au procureur de la République. Qui a décidé de le poursuivre. Convoqué au commissariat au mois de juillet, Bernard Mezzadri a reçu sa convocation au tribunal le 15 décembre dernier. Il n'imaginait pas une seule seconde que les poursuites seraient maintenues "étant donné le caractère parfaitement aberrant de l'accusation", s'étonne-t-il.

"Je suis extrêmement scandalisé par l'attitude de mes collèges qui ont jugé bon de me dénoncer, déplore le chercheur, qui compte plaider la liberté d'expression. Je suis aussi scandalisé par le chef d'inculpation qui va à l'encontre de toutes mes positions prises depuis toujours et du message exprimé, qui était ironique."

"Dénoncer des propos xénophobes"

Le syndicat SNESUP-FSU de l'université soutient l'enseignant. Selon lui, Bernard Mezzadri n'a fait que "rappeler et stigmatiser" les propos de Manuel Valls dans une vidéo tournée en 2009 sur une brocante d'Evry. Le député-maire de la ville, alors candidat à la primaire socialiste, avait demandé à son équipe de rajouter "quelques blancs, quelques white, quelques blancos" dans l'image.

"Il est manifeste que notre collègue entendait dénoncer des propos et une politique qu'il estimait xénophobes et que, par conséquent, il ne saurait être suspecté lui-même de xénophobie", souligne le syndicat dans un communiqué. Une pétition en ligne, qui demande la relaxe et dénonce "un choix d'inculpation délibérément infamant", a recueilli mercredi quelque 4.300 signatures d'universitaires, chercheurs, personnalités du monde de la culture, dont le philosophe Etienne Balibar ou la comédienne Marianne Denicourt.

Le symptôme d'une société "répressive"

Bernard Mezzadri voit dans son cas personnel une tentative d'intimidation et de mise au pas du monde académique. "C'est une affaire symptomatique de l'évolution actuelle de l'université et de l'ambiance répressive généralisée qui s'étend dans notre société", assure-t-il.

Soutenu par certains de ses collègues, il n'a reçu aucun appui de la part de sa direction qui n'a pas non plus cherché à le joindre. "Le président de l'université considère que c'est une affaire privée", a confié l'enseignant. Contactée par BFMTV.com, l'établissement n'a pas souhaité répondre.

Céline Hussonnois Alaya