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Primes : « Guéant a avoué des pratiques illégales »

Selon plusieurs spécialistes, les primes dévoilées par Claude Guéant auraient dû servir à payer des frais d'enquête.

Selon plusieurs spécialistes, les primes dévoilées par Claude Guéant auraient dû servir à payer des frais d'enquête. - -

Claude Guéant a justifié des achats en liquide par des primes qu’il recevait au ministère de l’Intérieur. Certains policiers dénoncent un système de primes illégales qui subsistent, d’autres affirment que l’argent est destiné aux enquêtes et que Claude Guéant n’aurait jamais dû en toucher.

Mais d’où vient l’argent évoqué par Claude Guéant ? Le ministère de l'Intérieur a ouvert une enquête administrative sur les primes dont l’ancien ministre de l’Intérieur dit avoir bénéficié quand il était lui-même en fonction place Beauvau. Claude Guéant avait révélé l’existence de ces primes pour justifier plusieurs factures payées en espèces et retrouvées à son domicile d’un montant de plus de 20 000 euros. Mais selon Manuel Valls, ces mêmes primes avaient été supprimées dès 2002.

« Des remboursements liés à des enquêtes »

Dans un communiqué, Manuel Valls distingue par ailleurs les primes de cabinet et les « frais de police » qui servent à financer des enquêtes et des indics en liquide. Une mise au point saluée par Nicolas Comte, porte-parole du syndicat SGP-Police : « Il est important de faire la transparence sur l’utilisation de ces fonds de manière qu’il n’y ait pas de suspicion qui règne sur les policiers. Je ne sais pas ce qui existait à l’époque où Claude Guéant était directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, mais je crois qu’aujourd’hui, il n’y a pas plusieurs milliers de policiers qui touchent ces sommes importantes. Les policiers qui sont amenés à en toucher, ce sont des remboursements liés à des enquêtes, on est sur des sommes d’une centaine d’euros, on n’est pas dans les milliers d’euros. Si ça existe, il faut que l’audit fasse la lumière là-dessus ».

« 40 millions d’euros en liquide par an »

Jean-Michel Décugis, journaliste au Point et co-auteur du livre Place Beauvau, connaît l’existence de ces primes, mais estime aussi qu’il s’agit d’argent qui n’était pas destiné aux hauts fonctionnaires. « Claude Guéant a avoué des choses illégales. Le cabinet du ministère de l’Intérieur, à l’époque, recevait environ 40 millions d’euros en liquide par an. Cet argent, en théorie, devait servir à des frais d’enquête ou de surveillance. Claude Guéant n’en faisait pas, il a touché ça en tant que haut fonctionnaire. Quelles étaient ses fonctions à l’époque, pourquoi avait-il besoin de liquide, est-ce que tout cet argent était justifié, c’est ce que l’enquête administrative devra démontrer ».

« Ça existe toujours »

Lui-même policier à la brigade du Quai des Orfèvres, Cédric voit aussi régulièrement de l’argent passer. Et selon lui, il s’agit bien de primes, pas de remboursements de frais d’enquête, a-t-il déclaré sur RMC dans l’émission Les Grandes Gueules « Ça existe toujours, en fonction du grade, des affaires réalisées ! Ce n’était pas déclaré, ça arrivait de la direction sur les commissaires, les chefs de service. On pouvait toucher 200, 300 ou 400 euros par mois, en fonction des affaires ».

Mathias Chaillot avec Johanne Burgell