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Pourvu que Jérôme Cahuzac ne revienne pas !

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

De plus en plus d’indices laissent supposer que Jérôme Cahuzac pourrait être candidat pour retrouver son siège de député à la législative partielle dans le Lot-et-Garonne.

A supposer qu’il ait vraiment envie d’être candidat, plusieurs raisons évidentes commandent à Jérôme Cahuzac d’y renoncer. Sa fraude fiscale et morale a assez abîmé le crédit de la politique. Il a montré de la dignité en démissionnant, dit qu’il voulait retrouver son honneur : un retour en politique serait un retour en arrière. Sans parler du fait qu’il affaiblirait le PS (une 2è trahison contre son camp) ce qui renforcerait les chances du FN. Jusqu’ici, il n’a pas honoré la confiance de ses électeurs. Il vaudrait mieux qu’il n’aggrave pas son cas.

Mais justement, est-ce qu’on ne peut pas penser que c’est aux électeurs du Lot-et-Garonne de décider si oui ou non, ils veulent le voir revenir ?

C’est une lecture possible, mais dangereuse. En démocratie, les citoyens ne sont pas des juges, la séparation des pouvoirs garantit l’étanchéité entre la justice et la politique. Qu’un élu qui a été condamné puisse revenir devant ses électeurs pour demander à nouveau leur confiance ne me choque pas. Qu’il le fasse avant tout jugement revient à exercer une pression sur la justice, qui aboutit à un plébiscite malsain. Si J. Cahuzac était réélu député, que faudrait-il en conclure ? Que les ministres sont au-dessus des lois ? Que la fraude fiscale est excusable ? On voit que ce serait ajouter l’absurde à l’immoral.

A votre avis, qu’est-ce qui peut pousser J. Cahuzac à vouloir revenir en politique – si cela se vérifie ?

Il faut espérer que ce n’est pas la revanche : il n’a de revanche à prendre que sur lui-même. C’est vrai que les socialistes l’ont exclu d’une façon un peu précipitée, et qu’ils l’ont vite jeté aux oubliettes ; mais ils avaient été très solidaires jusqu’à ses aveux – il ne peut pas leur en vouloir. Il y a objectivement la question des revenus : J. Cahuzac n’a plus de métier, il ne peut pas reprendre la chirurgie du jour au lendemain et il ne se voit sûrement pas rester inactif. Et puis il y a la question de son existence sociale, de son statut face à la justice – mais là aussi, il ne doit pas se tromper : revenir en politique affaiblirait sa position devant les juges plutôt qu’elle ne la renforcerait. Il aurait l’air d’être passé du déni au défi.

A propos de ses revenus, il semble que malgré la demande de Jean-Marc Ayrault, Jérôme Cahuzac n’a pas renoncé à percevoir ses indemnités d’ancien ministre depuis sa démission. Ça vous paraît défendable ?

Soyons cohérent : on ne peut pas lui demander de renoncer à se présenter alors qu’il n’a été condamné à rien et en même temps exiger qu’il renonce à ce qui lui est dû en toute légalité. Il a été ministre – et plutôt apprécié – il n’y a pas de raison valable de le priver de cette indemnité (pendant 6 mois). Ou alors il faut aussi la retirer à tous ceux qui, sans frauder, ont simplement été nuls ou inexistants ! J. Cahuzac n’a pas résisté à la tentation de l’argent et du mensonge, il y a perdu une partie de son honneur. Ses anciens amis devraient résister, eux, à la tentation de l’hallali et de la démagogie.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce jeudi 16 mai.

Hervé Gattegno