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Philippe et Wauquiez vont débattre sur fond de quinze ans de mépris

Laurent Wauquiez

Laurent Wauquiez - JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

Ce jeudi soir, au cours de L'Emission politique de France 2, Edouard Philippe sera confronté à Laurent Wauquiez. Il s'agit là d'un duel entre deux hommes que le parcours rapproche, mais que le destin oppose.

"La meilleure façon d'être de droite, c'est encore la mienne". Si les enjeux de l'échange porteront sur l'Europe et l'immigration, les deux hommes installés aux extrémités de la table de L'Emission politique revendiqueront ce leadership ce jeudi soir, lors du traditionnel débat du programme de France 2. La joute opposera ainsi Edouard Philippe, invité principal du service public, à Laurent Wauquiez, patron des Républicains. Il s'agit de mettre aux prises le Premier ministre d'Emmanuel Macron à celui qui se présente comme le premier adversaire. Mais le duel se présente aussi comme une affaire personnelle entre deux hommes qui ne s'aiment ni ne s'estiment. 

"On n'a jamais été amis" 

"Ils ne s’aiment pas. Ils ont une absence d’estime réciproque, et ce depuis toujours. Non seulement ils ne s’apprécient pas au plan humain, mais ils sont antithétiques au niveau des valeurs", a tranché un fidèle d'Edouard Philippe auprès du Monde. "On se connaît mal et depuis longtemps", a glissé en aparté Edouard Philippe, selon Le Figaro. Il soulignait à l'évidence qu'ils n'avaient jamais eu une grande envie de se connaître en une quinzaine d'années de vie commune, sans trop se croiser, au sein de l'UMP puis des Républicains. "On n'a jamais été amis", a confessé quant à lui Laurent Wauquiez. 

Pourtant, leurs parcours ont un air de famille. Avant d'être chef de gouvernement, avant même d'être député élu en Seine-Maritime et maire du Havre, Edouard Philippe, aujourd'hui âgé de 47 ans, a été inscrit à Sciences-Po puis à l'ENA, tout comme Laurent Wauquiez. Celui-ci, qui atteint à présent 43 ans, a été élève de ces deux même établissements, auxquels s'ajoute l'Ecole normale supérieure, avant de devenir entre autres ministre de François Fillon, député, maire du Puy-en-Velay, puis président du Conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes. 

Des traditions concurrentes 

Mais l'un et l'autre ont embrassé des traditions concurrentes, si ce n'est antagonistes, de la droite. Quand Edouard Philippe mettait ses pas dans ceux d'Alain Juppé, Laurent Wauquiez, venu du centrisme démocrate-chrétien de Jacques Barrot, a bifurqué vers Nicolas Sarkozy, et surtout Patrick Buisson, semblant hériter des inquiétudes sur l'identité et l'immigration de ce dernier.

Ce positionnement l'a amené à juger avec sévérité le transfuge Edouard Philippe, au moment où ce dernier, missionné par Emmanuel Macron, prenait la tête du gouvernement. A la fin du mois d'octobre 2017, à l'instant où le Bureau politique des Républicains se préparaient à se séparer d'Edouard Philippe et autres "macroniens", Laurent Wauquiez expliquait le divorce par un malentendu originel: "Contrairement à certaines girouettes comme Gérald Darmanin, je n'en veux pas à Édouard Philippe. Au fond, il n'a pas trahi ses idées, il n'a jamais été de droite". 

Fin de non-recevoir 

Edouard Philippe ne doit toutefois pas avoir trop de mal à relativiser ce type de critiques, lui qui entretient une certaine distance sarcastique avec le chef de son ancien camp. "Il faut lui reconnaître de toujours être dans la nuance et la mesure", ironise à l'occasion Edouard Philippe, à nouveau cité par Le Figaro, songeant à l'Auvergnat. En outre, le Premier ministre se montre aussi goguenard devant la volonté du président de LR de diriger une droite "décomplexée": "J'ai toujours pensé que ceux qui revendiquaient avec autant d'insistance leur “décomplexion” avaient sans doute quelque chose comme un complexe à régler", raillait-il à l'été 2017 dans son ouvrage Des hommes qui lisent

Plus tôt encore, en 2015, alors que sa carte d'adhérent à la principale formation de droite ne lui brûlait pas encore les doigts, Edouard Philippe, comme le rappelait Le Parisien il y a quelques mois, laissait déjà tomber une sentence irrévocable à l'encontre de Laurent Wauquiez: "Son cheminement personnel le conduira jusqu'au cœur des ténèbres". Grand lecteur, il faisait à dessein référence au grand livre de Joseph Conrad où un commerçant et chercheur d'ivoire nommé Kurtz se laisse gagner par la folie du pouvoir après s'être enfoncé dans les terres africaines. En 1979, le roman était adapté au cinéma et transposé au Vietnam par Francis Ford Coppola, avec Marlon Brando dans le rôle de Kurtz. Mais la ressemblance de l'acteur avec Laurent Wauquiez n'est pas frappante. 

Robin Verner