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Patrimoine des ministres : voyeurisme ou transparence ?

Plusieurs ministres ont pris les devants et ont déjà publié leur patrimoine.

Plusieurs ministres ont pris les devants et ont déjà publié leur patrimoine. - -

Ce lundi, les ministres doivent publier la liste de leur patrimoine, en attendant la prochaine loi de moralisation de la vie politique. Une mesure qui inquiète certains, à gauche comme à droite, qui y voient un grand déballage sans intérêt.

Quel appartement pour Manuel Valls, quelle voiture pour Christiane Taubira ? Ce lundi à 17 heures, les Français sauront tout en se connectant sur www.gouvernement.fr où les patrimoines des 37 ministres seront publiés. On y trouvera l'inventaire des biens immobiliers, des placements financiers ou encore des objets de valeur de tous les ministres.

Une place de parking à Dijon et une Peugeot 407

Certains ministres n'ont pas attendu cette publication officielle. Marie-Arlette Carlotti, ministre des Affaires sociales et de la Santé a dégainé la première lundi dernier en admettant payer l'ISF et a dévoilé son patrimoine : elle s'est déclarée propriétaire, entre autres, de deux appartements, l'un à Marseille, l'autre en Haute-Corse, ainsi que d'une maison dans l'Hérault, pour une valeur totale de 565 000 euros. Le lendemain, Arnaud Montebourg a déclaré être propriétaire d'une place de parking à Dijon, d'une 407 Peugeot de 2007 et d'un fauteuil Charles Eames acheté pour 28 000 francs.
Avec cette mesure, François Hollande espère bien tourner la page douloureuse de l'affaire Cahuzac, au risque de froisser certains ministres qui craignent un grand déballage, mais aussi certains élus : parlementaires et présidents de collectivités territoriales devraient prochainement le faire, selon le projet de loi de moralisation de la vie publique présenté le 24 avril prochain en Conseil des ministres.

« Que ça ne devienne pas tout et n’importe quoi ! »

La critique la plus remarquée est venue du président PS de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone : « déclarer, contrôler, sanctionner, c'est de la transparence » alors que « rendre public, c'est du voyeurisme ». Si François Fillon et Laurent Wauquiez ont de leur côté devancé la loi et dévoilé leur patrimoine, le point de vue de Claude Bartolone est partagé à droite, notamment par l'ex-ministre UMP Luc Chatel qui redoute que le chef de l'Etat jette « l'opprobre » sur la classe politique pour masquer le fait qu'il y avait un « voyou » au PS. Roger Karoutchi, ancien ministre chargé des Relations avec le Parlement sous Fillon et sénateur UMP des Hauts-de-Seine, ne voit pas non plus d’un bon œil ce « grand déballage ». « Quelle que soit la manière dont vous afficher votre patrimoine, vous n’allez pas empêcher des élus ou des citoyens de se demander si ça vaut réellement cela, estime le sénateur. Dès que vous direz que vous avez un appartement à tel endroit, des types iront photographier l’immeuble. Il y a quelques jours, je me disais que le jour où on me demandera ça, je ferai une vidéo de mon appartement, comme ça ils se diront "c’est bon, je l’ai vu sur Internet, j’ai fait le tour". A un moment, la vérification, c’est bien, mais il ne faut pas que ça devienne tout et n’importe quoi ».

« L’engagement, c’est la sincérité »

Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll ne voit en revanche pas de souci. Et si certains patrimoines peuvent étonner, être riche et de gauche n’est de toute façon pas incompatible, estime-t-il. « Il y a eu des gens riches qui ont été des grands responsables de gauche, et des gens beaucoup plus pauvres qui ont été de gauche. C’est le même sujet que "faut-il pour faire de la politique avoir les plus hauts diplômes ?". Je ne suis pas de ceux qui vont faire des procès. L’engagement, c’est la sincérité, le reste, ce sont des commentaires, et ce n’est pas ça qui fait avancer la cause de la République ».

« Il ne faut pas attendre trop de cette loi »

Connaître dans le détail le patrimoine de leurs ministres n’est pourtant pas ce qu’attendent vraiment les Français, estime Jérôme Fourquet, le directeur du Département opinion publique à l'IFOP, invité ce lundi matin sur RMC. « Un tiers des Français estime que c’est une dérive voyeuriste, explique-t-il. Donc on voit que ça peut être un piège pour l’exécutif. Il ne faut pas trop attendre de cette loi de moralisation de la vie politique. Elle est bien accueillie par les Français, mais attention de ne pas se tromper sur la portée de cette demande : c’est un contrôle supplémentaire mais pas une fin en soi. Ce qui est déterminant pour les Français, ce sont les résultats et la politique menée ».

M. Chaillot avec A. Roger et J-B. Durand