BFMTV

Primaire à gauche: comment le front anti-Valls s'intensifie

"Pas évident", "pas automatique", "prendre le temps de réfléchir": la candidature de l'ancien Premier ministre est loin d'être une évidence à gauche. Pire, celle de Vincent Peillon, qui pourrait être officialisée ce week-end, serait même la partie émergée d'un front "Tout sauf Valls".

Il apparaissait comme le "candidat naturel" en cas de renoncement de François Hollande. Cela semble moins le cas aujourd'hui. La candidature de Manuel Valls est loin de faire l'unanimité à gauche. Pour preuve la probable annonce de Vincent Peillon, ancien ministre de l'Éducation nationale de Jean-Marc Ayrault, symbole de la volonté de certains "hollandais" de vouloir lutter contre Manuel Valls. Retiré de la politique nationale depuis 2014, le député européen pourrait annoncer officiellement sa candidature ce week-end. 

"Du mal à se résoudre à un duel Valls/Montebourg"

Une bonne nouvelle pour certains socialistes. "Il a des choses à dire, je pense, au pays et pas seulement au parti", a estimé Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS, sur France Culture.

"Vincent Peillon, ce n'est pas un candidat de plus mais un candidat pour tous. C'est la candidature logique du Parti socialiste", a martelé Patrick Mennucci, député PS des Bouches-du-Rhône, sur BFMTV.

"C'est une candidature centrale, c'est une candidature de rassemblement, a déclaré Patrick Bloche, député PS de Paris. C'est la candidature qui manquait."

Le retour de Vincent Peillon sur le devant de la scène pourrait même être téléguidé depuis l'Élysée.

"L'idée a germé dans l'entourage le plus proche de François Hollande, plus précisément des amis de François Hollande. Quelques députés parmi lesquels ceux qui ont soutenu la candidature du chef de l'État jusqu'au dernier moment et qui, depuis son renoncement, ont un peu de mal à se résoudre à un duel Manuel Valls/Arnaud Montebourg", a analysé Laurent Neumann, éditorialiste politique à BFMTV.

"Ne laisser aucun espace à Manuel"

Tout cela dans l'objectif de faire barrage à l'ancien maire d'Évry. "L'opération Vincent Peillon est pathétique parce qu'il s'agit uniquement de dézinguer un autre candidat", a analysé Olivier Falorni, député radical de gauche de Charente-Maritime, sur BFMTV. Ce que confirme au Figaro un proche de l'ancien Premier ministre.

"Le but est de ne laisser aucun espace à Manuel. Ce sont des petites manœuvres, ils sont tous en train de penser à l'après-2017 pour le parti et veulent remettre en cause sa légitimité."

Ce qu'a reconnu le principal intéressé à demi-mot. Selon lui, un candidat à la primaire de la gauche ne peut pas se présenter "pour affaiblir" ou être un "candidat contre". "Moi je suis candidat à la présidence de la République, je parle aux Français", a fait valoir Manuel Valls . "Je ne suis pas candidat pour participer à un nouveau débat sur la gauche. La gauche adore parler d'elle-même et c'est même parfois sa raison d'être." Ce vendredi, sur BFMTV, il a éludé la question d'un coup bas mené contre lui.

"Je ne regarde pas les choses ainsi" et a reconnu être un "challenger" aussi bien pour la primaire que pour l'élection présidentielle.

"Se venger de la trahison"

Pourtant, sur Twitter, le hashtag #TSV, pour "Tout sauf Valls", a fleuri. Pour les fidèles de François Hollande, pas question de céder la place à celui qui a trahi le président. "Notre soutien n'est pas automatique", a expliqué l'entourage de Stéphane Le Foll, le porte-parole du gouvernement, qui préfère prendre "du temps et un peu de recul".

Il lui reproche d'avoir manœuvré pour empêcher la candidature de François Hollande. Le nouveau ministre de l'Intérieur, interrogé par Marianne, se garde également de soutenir l'ancien chef du gouvernement. "J'essaye de ne pas avoir de rancœur en politique", a déclaré Bruno Le Roux. Et a ajouté: "Mais je vais prendre le temps de réfléchir, pendant quelques jours, voire quelques semaines".

Même bémol pour l'ancien ministre du Travail. "Je regarde pour le moment", a confié sur RTL François Rebsamen. Prudence pour Martine Aubry. "Je serai présente pour soutenir un candidat qui représente le cœur des valeurs du Parti socialiste", a indiqué la maire de Lille. "C'est Manuel Valls?" lui ont demandé des journalistes. "Ce n'est pas évident, on va voir", a-t-elle répondu. 

"Tous les hollandais ne rejoindront pas Macron, mais certains sont tentés de ne pas s'impliquer dans la primaire pour se venger de la trahison de Valls", a confié un cadre socialiste à Marianne.

"Valls n'est pas le candidat naturel"

Si le dernier sondage Harris Interactive donne Manuel Valls en tête au premier tour avec 45% des voix, il est au coude-à-coude avec Arnaud Montebourg au second (51% contre 49%). Début de campagne en demi-teinte donc pour Manuel Valls. Sans compter que l'ancien Premier ministre s'est fait rabrouer lors de son premier meeting mercredi à Audincourt, dans le Doubs. "Vous n'avez pas fait que des sottises mais vous en avez fait un paquet", lui a lancé une militante. "Arrêtez de jouer comme des gamins dans une cour de récré", lui a-t-elle également envoyé.

Le week-end s'annonce difficile pour l'ex-Premier ministre. Christophe Barbier, éditorialiste politique pour BFMTV, a évoqué le "tous azimuts" contre le candidat qui s'amplifie.

"Peillon qui va annoncer sa candidature, Hamon qui rassemble ses parrainages, Macron qui vit sa vie. Pour Manuel Valls, ce n'est pas un bon moment. Il rêvait d'une campagne TGV, sans s'arrêter à la station primaire, pour foncer vers la présidentielle, il a une campagne TSV." Et a conclu: "Valls n'est pas le candidat naturel."

Céline Hussonnois-Alaya