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Selon Valls, il y a "les mêmes ambiguïtés" au sein de LaREM qu'au PS sur la laïcité

L'ancien Premier ministre Manuel Valls, le 26 septembre 2018 à Barcelone lors d'une conférence de presse au lendemain de l'annonce de sa candidature à la mairie de la ville.

L'ancien Premier ministre Manuel Valls, le 26 septembre 2018 à Barcelone lors d'une conférence de presse au lendemain de l'annonce de sa candidature à la mairie de la ville. - Josep Lago - AFP

Dans une interview accordée au Point, l'ancien Premier ministre applique sa théorie des "deux gauches irréconciliables" à la question de l'identité et de l'antisémitisme.

Dans un passé proche, ses propos enflammaient la gauche. Avec peut-être moins de véhémence qu'à l'époque où il occupait Beauvau puis Matignon, Manuel Valls continue de pointer du doigt les "ambiguïtés" d'une partie de la classe politique sur les questions identitaires et d'antisémitisme. 

Dans un long entretien accordé au Point et publié ce mercredi, l'ancien Premier ministre de François Hollande revient sur la grande marche organisée mardi en réponse aux récents actes antisémites.

"Ces grandes marches ou ces manifestations ne serviront à rien si on ne prend pas la mesure de ce qui est en train de se passer", s'alarme Manuel Valls, d'après qui "nous sommes d'une certaine manière de nouveau à la fin du XIXe siècle".

"Macron n'affrontait pas cette question en face"

Et le candidat à la mairie de Barcelone de s'interroger sur les rapports de l'actuel chef de l'État à ces sujets:

"J'ai considéré que pendant trop longtemps Emmanuel Macron n'affrontait pas cette question de face avec la République et la laïcité comme étendards."

Manuel Valls estime par ailleurs que ses anciens collègues de La République en marche, aux côtés desquels il a siégé pendant un an et demi, manquent de clarté là-dessus. 

"Au sein de la majorité, il y avait les mêmes ambiguïtés que j'ai rencontrées par le passé au sein du Parti socialiste. Beaucoup disaient que j'exagérais, que je jetais de l'huile sur le feu, que j'utilisais même la lutte contre l'antisémitisme à des fins politiques, que l'économie, c'était bien plus important que le reste", constate-t-il. 

Sans les citer, Manuel Valls fait référence, semble-t-il, à l'aile gauche du groupe LaREM, dont les membres les plus médiatiques sont Aurélien Taché et Guillaume Chiche. Le premier, ancien socialiste, n'a jamais caché ses désaccords idéologiques profonds avec l'ex-chef du gouvernement sur les questions de l'islam et de la laïcité. 

"Que fait Belattar dans les allées du pouvoir?"

Estimant que "s'attaquer à un intellectuel comme Finkielkraut (...) c'est s'attaquer profondément à ce qu'est la France", Manuel Valls juge qu'Emmanuel Macron "doit trouver l'occasion" de nommer l'ennemi "en s'exprimant clairement sur la laïcité, sur la construction d'un islam coupé de toutes les influences néfastes, sur l'antisémitisme qui ronge aussi une partie de la jeunesse de notre pays. Il ne peut pas y avoir d'ambiguïté".

L'ex-député de l'Essonne poursuit en analysant l'état de son ancienne famille politique. "La gauche est en crise faute d'avoir apporté une réponse à la question identitaire. J'entends dire que la gauche réfléchit, mais qu'est-ce que la gauche aujourd'hui? Jean-Luc Mélenchon, Danièle Obono, Aude Lancelin, Edwy Plenel, Thomas Guénolé… Pour moi, ce n'est pas la gauche réformiste et éclairée", assène-t-il. Et d'ajouter: "La gauche populiste européenne est souvent antisioniste. C'est pourquoi j'avais parlé des deux gauches irréconciliables."

"Dire la vérité sur nos banlieues"

Désormais loin de l'arène politique française mais favorable malgré cela à l'usage de la méthode forte face à la multiplication d'actes violents et antisémites dans le sillage des gilets jaunes, Manuel Valls déclare qu'il "ne faut pas avoir peur d'interdire des manifestations". 

"Il ne faut pas avoir peur de dire la vérité sur nos banlieues, il ne faut rien lâcher. Nous ne sommes plus dans le débat traditionnel entre la droite et la gauche, nous sommes face à un ennemi commun, cette peste d'Albert Camus", s'alarme-t-il, reprenant là l'un des constats établis dans Les territoires perdus de la République, paru il y a plus de 15 ans.
Jules Pecnard