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Municipales: le gouvernement craint-il le vote blanc?

Le vote blanc va être discuté à l'Assemblée nationale jeudi

Le vote blanc va être discuté à l'Assemblée nationale jeudi - -

Pour la seconde fois en un an, un texte visant à comptabiliser et à distinguer le vote blanc des bulletins nuls est examiné à l'Assemblée nationale, ce jeudi. Si son vote ne fait aucun doute, son entrée en application, elle, a été repoussée aux élections européennes, après les municipales de mars 2014.

Les députés examinent ce jeudi une proposition de loi avec pour toute ambition la prise en compte timide du vote blanc. "Reconnaître le vote blanc, c'est permettre aux compatriotes d'exprimer un mécontentement, sans faire monter les extrêmes". Lorsqu’il s'est adressé jeudi dernier à Alain Vidalies, ministre délégué aux Relations avec le Parlement, sur ce serpent de mer qu'est la reconnaissance du vote blanc, le député UDI François Sauvadet a pu avoir l'impression de voyager dans le passé.

En novembre 2012, son projet de loi était présenté –et voté aisément – devant l’Assemblée nationale. Un an plus tard, le texte revient au Palais Bourbon après être passé entre les mains des sénateurs au mois de février, qui n’en ont amendé qu'un point: les enveloppes vides ne sont pas comptabilisées, et l'électeur se doit d’apporter son propre morceau de papier vierge de toute inscription. Ce point a été retiré du texte par la commission des lois de l'Assemblée nationale la semaine dernière.

Non inclus dans les suffrages exprimés

Séparer les "blancs" et les "nuls", c’est tout l’enjeu de cette proposition de loi: il s'agit d'opérer une distinction nette, mais sans donner au vote blanc une influence électorale, comme le voudraient ses défenseurs. L'opinion qui consisterait à ne se reconnaître dans aucun candidat deviendra donc estimable, même si elle ne sera pas comptabilisée parmi les suffrages exprimés.

"Nous avons dû faire cette concession [dans notre texte] car nous ne sommes pas majoritaires", a reconnu le président de l’UDI, Jean-Louis Borloo sur BFMTV, mercredi. En 2012, PS et UMP avaient soutenu la démarche.

Pour se justifier, nombreux sont ceux qui préfèrent mettre en garde: en 2012, quand 2,15 millions d'électeurs, soit 5,8% des votants, avaient voté blanc ou nul, aucun des deux candidats n'aurait pu être président de la République, puisque celui-ci doit être élu à la majorité absolue des suffrages exprimés.

Borloo sent "une grande gêne"

Voilà en théorie un sujet où, de gauche à droite en passant par le centre, aucune polémique n'agitait les élus. C’était sans compter sur la décision de la Commission des lois de l’Assemblée nationale: la loi sur le vote blanc n’entrera en application que le 1er avril 2014, soit uniquement pour les européennes de juin, et non pour les municipales de mars. Jean-Louis Borloo a cru à une blague. Et pourtant non, le calendrier est clair.

"Je sens une grande gêne du gouvernement et du ministère de l’Intérieur sur le sujet", explique l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy et nouvel allié de François Bayrou, sans toutefois avancer l'idée d'une intervention directe du pouvoir ou d'un cafouillage.

Le socialiste Pascal Popelin, qui a proposé ce report, avance des raisons techniques puisque "le processus électoral est déjà bien engagé" pour les municipales. Le candidat PS à la mairie de Marseille, Patrick Mennucci, a approuvé cette décision sur RMC.

Une influence sur le vote FN?

"Hypocrisie ou amateurisme?", s’est interrogé de son côté l'UDI François Sauvadet, mercredi à l’Assemblée nationale. Avant d’obtenir une réponse des plus floues de la part du ministre Alain Vidalies.

Son camarade de l’UDI Jean-Christophe Lagarde a lui avancé que "70% des Français y sont favorables. […] Pourquoi tarder et empêcher les gens de le faire aux municipales?"

"L'effet électoral sera négligeable, que ce soit aux municipales ou aux européennes. C'est simplement une injustice qui est partiellement réparée", analyse le politologue Emmanuel Saint-Bonnet, joint par BFMTV.com.

"Quant à l'influence sur le vote des extrêmes", prédit-il, "elle sera minime. Pour enlever des électeurs au Front national comme pour empêcher d'autres de franchir le pas".

|||LES PAYS QUI RECONNAISSENT LE VOTE BLANC

Dans le monde, seuls la Suède, la Grèce, l'Inde, le Costa Rica, la Colombie, le Pérou et l'Uruguay reconnaissent le vote blanc, mais plusieurs pays comme la Belgique, l'Espagne et les Etats-Unis comptent des équivalents au Parti du Vote Blanc.

Samuel Auffray