BFMTV

Les députés font leur rentrée anticipée, les emplois d'avenir au menu

Avec les contrats d'avenir, pour Christian Jacob, "on est dans l'impréparation, dans l'affolement".

Avec les contrats d'avenir, pour Christian Jacob, "on est dans l'impréparation, dans l'affolement". - -

Avec les emplois d'avenir, le gouvernement veut se concentrer sur "le coeur du chômage des jeunes".

Pour sa session extraordinaire de rentrée, l'Assemblée nationale est entrée dans le dur, mardi, en débutant avec les emplois d'avenir. A l'heure où le gouvernement entend accélérer l'application des promesses de campagne -avec l'espoir d'inverser la courbe du chômage d'ici un an- ce dossier phare du gouvernement Ayrault est le symbole de la priorité donnée à la "bataille pour l'emploi".

Ultime preuve de cette envie d'accélérer, la session extraordinaire, initialement prévue le 24 septembre, avait été avancée fin août par François Hollande, au lendemain de l'annonce de la plus forte hausse du chômage en trois ans.

Le projet de loi sur les emplois d'avenir est ainsi soumis à l'examen des députés alors que l'hémorragie d'emplois continue, avec plus de 22.000 emplois salariés détruits au deuxième trimestre.

Avec les emplois d'avenir, mesure "ambitieuse et rapide" selon le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, le gouvernement veut se concentrer sur "le coeur du chômage des jeunes", les 16-25 ans peu ou pas qualifiés par le biais de 150.000 contrats chaque année, dont 100.000 dès 2013, largement subventionnés par l'Etat pendant trois ans maximum.

1,5 milliard d'euros par an

À la différence des "emplois-jeunes" de l'ère Jospin, ces nouveaux contrats seront ciblés, à compter de début novembre, sur des jeunes peu ou pas qualifiés issus notamment "des zones urbaines sensibles" ou de zones rurales où le chômage des jeunes est supérieur à la moyenne.

Ils concerneront aussi des jeunes en difficulté d'insertion, ayant poursuivi leurs études jusqu'au CAP ou BEP ou jusqu'au baccalauréat dans certaines zones difficiles, ainsi que des travailleurs handicapés en difficulté et peu qualifiés de moins de 30 ans.

Une dérogation est prévue pour l'Education nationale qui pourra embaucher 18.000 étudiants boursiers au maximum en première année de master se destinant à l'enseignement.

Dans un budget 2013 des plus rigoureux, 2,3 milliards d'euros seront inscrits pour la mesure, dont le coût est estimé à 1,5 milliard par an "en rythme de croisière".

Une "première réponse"

"Première réponse", ces contrats ne permettront pas d'assurer "un accès durable à l'emploi", juge le Front de gauche. Le groupe va réserver son vote (pour ou abstention) sur ce texte, qui pourrait être "amélioré" lors du débat, selon son président André Chassaigne.

Les écologistes, eux, ne sont pas opposés à amender le texte, notamment pour renforcer la formation, "mais sans toutefois alourdir le dispositif".

Les députés UMP, qui se sont abstenus lors de l'examen du texte en commission, voteront "à la quasi unanimité" contre ce "recyclage des emplois jeunes" sans "rien sur la formation et la compétitivité des entreprises", et montrer "une opposition déterminée et offensive", dixit leur chef de file, Christian Jacob. "On est dans l'impréparation, dans l'affolement", dit-il.

La droite, comme le centre, reprochent principalement au dispositif de surtout subventionner les emplois dans les collectivités locales et les associations, et non dans le secteur privé. "C'est de la concurrence déloyale pour le secteur marchand", selon le député UMP Lionel Tardy

Mais la flambée du chômage incite certains membres de l'opposition à un soutien mesuré.

Indispensable mais insuffisante

Pour l'ancien Premier ministre Alain Juppé, les contrats d'avenir vont "dans le bon sens" mais ne sont "absolument pas à la hauteur du problème". Un avis proche de celui de Lionnel Luca, député UMP et pilier de la Droite populaire. "Les emplois d'avenir sans formation ne méritent pas leur nom! mais ils permettront à des jeunes sans qualif d'avoir une expérience prof. Je voterai", avait-il écrit dès fin août sur twitter dans un style télégraphique.

Si ils étaient acceptés, l'ajout de dix heures de formation hebdomadaire pour les jeunes concernés, car "il ne servirait à rien de mettre pendant 3 ans ces jeunes à la charge de la collectivité s'ils n'ont pas un vrai métier à la sortie", et l'inclusion des très petites entreprises dans le dispositif, pourraient convaincre les centristes de l'UDI de voter pour, a déclaré mardi leur porte-parole, Jean-Christophe Lagarde.

De leur côté, les deux députés du FN voteront contre.

Enfin, des syndicats et associations, la mesure est jugée indispensable mais insuffisante. L'Unef a ainsi déploré "la précipitation avec laquelle le gouvernement s'apprête à prendre l'une des mesures phares de la campagne présidentielle, dont les contours sont loin d'apporter des réponses satisfaisantes".