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L'insoumis Éric Coquerel élu président de la commission des finances de l'Assemblée

Eric Coquerel, de la France insoumise, pose lors d'une session photo, Aubervilliers, le 7 mai 2022

Eric Coquerel, de la France insoumise, pose lors d'une session photo, Aubervilliers, le 7 mai 2022 - JULIEN DE ROSA © 2019 AFP

Le député de la première circonscription de Seine-Saint-Denis a été élu jeudi à la tête de la prestigieuse commission. Il succède à Éric Woerth.

Après les socialistes Didier Migaud et Jérôme Cahuzac sous Nicolas Sarkozy puis le LR Gilles Carrez sous François Hollande et enfin Éric Woerth (LR rallié à LaREM au cours de la dernière campagne présidentielle) lors du premier quinquennat d'Emmanuel Macron, le député de La France insoumise (LFI) de Seine-Saint-Denis Éric Coquerel a été élu à la tête de la prestigieuse commission des Finances de l'Assemblée nationale ce jeudi.

L'insoumis a été élu au troisième tour de scrutin par 21 voix contre 11 pour le candidat du Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy, député de la Somme, et 9 pour la candidate des Républicains (LR) Véronique Louwagie, élue dans l'Orne. Éric Coquerel était déjà membre de la commission des finances lors de la précédente législature.

Le RN en embuscade

Traditionnellement, la présidence de cette commission est dévolue à un député de l'opposition et la majorité ne prend pas part au vote, ce qu'avait confirmé Élisabeth Borne la semaine passée. Si numériquement Éric Coquerel partait donc en position de favori, la possibilité que le RN Jean-Philippe Tanguy obtienne des voix au sein de LR ménageait un certain suspense.

"On a des avis très différents mais je pense qu'on est du même côté quelque part des principes républicains, en tout cas avec beaucoup d'entre eux, donc je ne pense pas qu'ils fassent la courte échelle au Rassemblement national", croyait savoir mardi Éric Coquerel sur notre antenne au sujet de LR.

Élu pour la première fois à l'Assemblée nationale en 2017, Éric Coquerel, 63 ans, a été très largement reconduit le 19 juin dernier avec 71,69% des voix face à la candidate d'Ensemble Jeanne Dromard. Précédemment, le parlementaire a été conseiller régional d'Île-de-France entre 2010 et 2017 et coordinateur du Parti de Gauche avec Danielle Simonnet, nouvelle députée insoumise de Paris, entre 2014 et mars 2021.

Jointe par BFMTV.com, Danielle Simonnet explique connaître Éric Coquerel de longue date, "depuis la création du Parti de Gauche" en 2009, et le qualifie d'ami. "On est tous les deux des élus très impliqués dans les luttes, souvent présents sur les mobilisations sociales", souligne-t-elle.

"Il a été chaque année très impliqué dans l'élaboration des contre-budgets de La France insoumise. Il maîtrisera la tâche de contrôler le budget de la nation", assure la députée parisienne.

Au-delà, elle juge qu'il s'agit d'une personne "capable d'être à l'écoute", non seulement insoumis mais "qui représentera tout le programme de la Nupes". Avant d'être élu, Éric Coquerel a notamment travaillé dans le milieu de la voile, assurant la communication de navigateurs célèbres comme Michel Desjoyeaux ou Isabelle Autissier.

Engagé dans les luttes sociales

David Guiraud, nouveau député insoumis du Nord, a été directeur de cabinet d'Éric Coquerel entre 2017 et 2021. Il est parti pour la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Il évoque l'"amitié politique" qui le lie à Éric Coquerel. "C'est un marin, ce qui explique sûrement qu'il fasse des nuits très courtes", plaisante ce proche.

"C'est quelqu'un qui m'avait repéré au sein du Parti de Gauche. On commence à vraiment se parler au moment de la Loi Travail", remémore David Guiraud auprès de BFMTV.com. "Il était dans toutes les manifs pendant cinq ans", corrobore le jeune député bientôt trentenaire.

Pour le parlementaire des Hauts-de-France, Éric Coquerel est en matière de finances "reconnu par ses pairs, par l'Administration, comme quelqu'un qui est à l'écoute et qui a beaucoup bossé". Il évoque aussi une personnalité "qui a une grosse capacité de travail". Selon l'élu, il serait un président de la commission des Finances "marqué par la lutte contre l'évasion fiscale".

Ces derniers jours, la majorité et la droite avaient agité le chiffon rouge face à la possible élection d'Éric Coquerel à la tête de la commission briguée, déclarant craindre que LFI ne veuille en fait se servir de certaines prérogatives rattachées à ce poste, comme l'accès à des documents couverts par le secret fiscal, à des fins politiques. Des assertions battues en brèche par l'intéressé mardi sur BFMTV.

"Je ne sers pas des intérêts particuliers, je sers l'intérêt général", opposait mardi Éric Coquerel. "Je ne vais pas faire une présidence qui va me servir pour des vendettas politiques, en allant chercher je-ne-sais quel secret fiscal", ajoutait-il.

"Il ne s'agit pas d'aller couper des têtes, il n'a jamais été comme ça", balaye David Guiraud.

Concurrence avec Valérie Rabault

La semaine dernière, la députée socialiste Valérie Rabault avait fait savoir qu'elle était intéressée par la présidence de la commission des Finances. L'ancienne cheffe du groupe socialiste à l'Assemblée, qui n'a pas souhaité rempiler dans ces fonctions, n'a pas été choisie pour représenter la Nupes à la tête de la commission des Finances. Elle a été désignée mercredi vice-présidente de l'Assemblée nationale.

"Je ne crois pas" qu'il y ait de souci avec Valérie Rabault, a évacué dimanche le député insoumis du Nord Adrien Quatennens sur France Inter.

Contactée par BFMTV.com, Christine Pirès-Beaune, députée socialiste réélue pour un troisième mandat, concède qu'elle aurait préféré que Valérie Rabault soit la candidate de la Nupes. "Pas parce qu'elle est de mon groupe", mais notamment parce qu'elle a été rapporteure générale de la commission des Finances, défend-elle.

"Sur le plan compétences et expériences, Valérie Rabault avait plus d'expérience qu'Éric Coquerel", admet sans peine la Puydômoise.

Néanmoins, Christine Pirès-Beaune pense qu'Éric Coquerel, à côté de qui elle siégeait en commission dans la précédente législature, peut être "un bon président", saluant une "assiduité, une connaissance des dossiers qu'on ne peut pas nier".

Clarisse Martin Journaliste BFMTV