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Oui, la police a failli… Et Valls a faibli

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

Les incidents lors de la célébration du titre de champion du PSG débouchent sur un affrontement politique, la droite mettant en cause la responsabilité de Manuel Valls.

En matière de sécurité, on ne juge une politique qu’à ses résultats. C’est une évidence que lundi, le dispositif policier mis en place au Trocadéro a été totalement inefficace puisqu’il n’a pas empêché les incidents, les bagarres, les scènes de vandalisme et de pillage. Tout a été défaillant : l’anticipation, l’organisation, le commandement. Dans ces conditions, Manuel Valls n’avait rien d’autre à faire que de prendre acte de cet échec, et de sanctionner les responsables de ce fiasco, le préfet de police en tête. Manuel Valls devait sévir, il a choisi de subir. C’est une erreur.

Jean-François Copé et plusieurs chefs de l’opposition ont réclamé la démission du ministre de l’Intérieur. Pourrait-il aller jusque-là ?

On comprend que l’opposition le fasse : Manuel Valls est l’homme fort du gouvernement ; c’est la 1ère faiblesse qu’il montre – c’est de bonne guerre. Le fait est qu’il s’expose d’une façon assez incompréhensible: c’est bien le préfet de police qui est chargé du maintien de l’ordre à Paris ; il serait logique que ce soit lui qui assume cette faute. Manuel Valls n’a rien à perdre à le limoger, et même tout à gagner en autorité. Sous Pierre Joxe, Jean-Pierre Chevènement ou Nicolas Sarkozy, ça n’aurait pas fait un pli. Mais dès lors que le ministre ne sanctionne personne, il laisse la chaîne de responsabilité remonter jusqu’à lui. C’est là que la faillite policière ouvre une faille politique.

Il a été dit que les propriétaires (qatariens) du PSG avaient demandé aux autorités policières un dispositif allégé pour ne pas gâcher la fête. Est-ce qu’ils ont eux aussi une part de responsabilité ?

En aucun cas. Jusqu’à preuve du contraire, le PSG propose, mais c’est la Préfecture de police qui dispose. Il est clair qu’il n’y avait pas assez d’effectifs mobilisés – on parle de 800 policiers, il y en a le double à chaque match du PSG au Parc des princes. A partir du moment où le préfet autorisait la manifestation hors du stade (peut-être pas la meilleure idée), c’était à lui de prévoir le dispositif adéquat, quelle que soient les exigences du club. S’il y a une chose que les Qatariens n’ont pas privatisée, c’est la sécurité – il n’y a pas encore de sponsors sur les uniformes ! Peut-être qu’on n’a pas su leur dire non. Si c’est le cas, ce n’est pas à eux qu’il faut le reprocher.

D’une façon générale, est-ce qu’il ne faut pas en arriver à la conclusion que toute manifestation dans la capitale attire des casseurs et qu’on ne sait pas comment l’empêcher ?

Ce serait le renoncement absolu devant les casseurs – une honte. Cela dit, bien des manifestations se passent sans incident ni violences. D’ailleurs il n’y avait pas « des milliers » de casseurs au Trocadéro, comme cela a été dit, mais au pire quelques centaines d’après les experts. Donc on est passé de la sous-estimation du risque à la surestimation du nombre, ce qui ne change rien au fait que c’est aux forces de l’ordre de faire respecter l’ordre. Et qu’en tolérant cette légèreté policière, Manuel Valls a abîmé son statut de poids-lourd politique.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce mercredi 15 mai.

Hervé Gattegno