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"On n'a pas à s'excuser, on est innocents": Riss ne regrette en rien la publication des caricatures

Invité de Ruth Elkrief, le rendez-vous ce dimanche, le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo a affirmé de ne pas regretter la publication en 2006 des caricatures de Mahomet, ainsi que leur replublication en 2020.

Invité de Ruth Elkrief, le rendez-vous sur BFMTV, dix jours après l'attaque au hachoir devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, Riss, le directeur de la publication satirique, a expliqué ne pas "regretter" la publication en 2006 des caricatures de Mahomet, ainsi que leur repulication en 2020.

"Nous n'avons pas regretté parce que justement à l'occasion du livre qu'on a réalisé sur les 50 ans de l'histoire de Charlie Hebdo sous l'angle de la liberté d'expression, quand on regarde tous les combats du journal depuis les années 1970, il y a une constante, c'est d'affirmer le droit à s'exprimer le plus librement possible, de lutter contre toutes les formes de censure, quelles qu'elles soient", a-t-il expliqué.

Le directeur de l'hebdomadaire a raconté qu'en 2006, la rédaction décide de publier les caricatures "de manière spontanée, épidermique, sans même les avoir vues".

"On s'est dit 'c'est pas normal qu'un journal empêche de publier des dessins'. On a réagi comme des dessinateurs, donc c’était logique, ce n'était pas un exploit et on a pas a regretté d’avoir été logiques avec nous mêmes et avec l'histoire du journal", a-t-il ajouté.

Riss a également réfuté l'idée que Charlie Hebdo serait "responsable" de l'attentat.

"On comprend que des gens peuvent être choqués mais c'est inévitable"

"On nous a un peu fait procès d'être responsables de ce qui nous arrivait, de notre malheur, parce qu'on avait publié des dessins, publié les caricatures. Je tenais donc à nous définir d'abord en terme d'innocents, parce qu'on n'a pas commis de fautes, on n'a pas à s'excuser de faire ce qu'on a fait et on est innocents nous aussi."

"On comprend que des gens peuvent être choqués mais c'est inévitable", a expliqué par ailleurs Riss. "On peut débattre de tout [...] on peut critiquer les dogmes religieux. On peut critiquer les dogmes religieux mais on ne doit pas montrer du doigt les individus appartenant à une communauté religieuse [...] Charlie l'a toujours respecté", a-t-il souligné.

Raconter l'attentat pour "ne pas oublier"

Lors de cet entretien, le dessinateur a également évoqué son témoignage lors du procès des attentats de janvier 2015, qui ont frappé sa rédaction. "C'est une expérience étrange d’être confronté à la violence, et plus que la violence, c’est la mort qui frappe les gens autour de vous et qui emporte tout", a-t-il confié.

"Parfois je raconte l’attentat fois pour être sûr que je l’ai bien vécu, c’est aussi pour ne pas oublier. J'en ai parlé tout de suite à l'hôpital, je n'étais pas gêné d’en parler, ça a été une manière d’évacuer".

"On était tous lessivés après la première semaine, surtout qu’il a fallu qu’on témoigne. c’est une responsabilité de parler", a-t-il expliqué.

Fanny Rocher