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On a raison de détester Margaret Thatcher

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

Les obsèques de Margaret Thatcher, mercredi à Londres, ont été accompagnées de commentaires très contrastés sur son bilan à la tête de la Grande Bretagne entre 1979 et 1990.

C’est rendre hommage à Madame Thatcher que de la détester. Elle est à la politique ce que les sorcières sont aux contes de fées : à la fois fascinante et repoussante. La légende fait d’elle une dirigeante exceptionnelle qui a redressé son pays en triomphant des corporatismes et en imposant un vrai libéralisme. En réalité, ses succès économiques sont assez largement usurpés et elle a ruiné la Grande-Bretagne au moins sur le plan social. Il est vrai que Margaret Thatcher a marqué l’histoire, mais plus par son tempérament que par son bilan. Pour les Anglais, le règne de la Dame de fer a été fait d’années de plomb.

Elle fut l’un des 1ers dirigeants européens à vouloir baisser la dépense publique – ce que tout le monde préconise aujourd’hui. Est-ce qu’elle n’était pas en avance sur son temps ?

Ce dont elle a été la pionnière, c’est l’idéologie qui maudit tout ce qui vient de l’Etat – et c’est vrai que ce courant est encore très fort en Europe, même au sein de la gauche. Elle a privatisé les grands services publics et réduit les allocations chômage, mais la déconstruction de l’Etat providence s’est accompagnée d’une dérégulation de la finance dont tout le monde convient que c’était une folie, et d’une dislocation du système social qui a creusé les écarts entre les riches et les pauvres. Au point que la Grande-Bretagne reste, 23 ans après Thatcher, le pays le plus inégalitaire d’Europe. Par exemple, c’est elle qui a supprimé toutes les gratuités en matière de santé – ce n’était pas gratuit…

Malgré cela, elle a « régné » 11 ans sans perdre une élection. Il faut croire que sa politique ne faisait pas que des mécontents…

Elle a surtout utilisé l’orgueil britannique comme un trompe l’œil (ou un cache misère): en faisant plier les syndicats après des grèves interminables, en faisant la guerre à l’Argentine pour les Malouines, et en laissant des terroristes irlandais mourir en grève de la faim. Dans le même temps, elle soutenait Pinochet et l’apartheid. Et sur le plan économique, la croissance n’est repartie que 10 ans après son arrivée au pouvoir, grâce à l’essor de la finance au détriment de l’industrie (ce qui était son choix) – et surtout grâce au pétrole en mer du Nord (ce qui ne lui devait pas grand-chose).

Est-ce qu’on peut quand-même considérer que ses 11 années au pouvoir ont servi la cause des femmes en politique ?

Oui et non parce qu’elle a incarné un mode de gouvernement si impitoyable qu’on a pu penser, à travers Margaret Thatcher, que la meilleure qualité d’une femme pour exercer le pouvoir était la virilité. On se souvient de la saillie de Jacques Chirac qui avait lancé dans un sommet européen : « Qu’est-ce qu’elle veut celle-là ? Mes couilles sur un plateau ? » C’était une femme d’Etat qui utilisait la posture de l’homme providentiel. Ce qui reste d’elle, c’est le fantasme de l’autorité politique qui ne s’incline jamais devant les circonstances ni les évidences. Dans l’intérêt de son pays, sans doute qu’il aurait parfois mieux valu empêcher la dame… de faire.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce jeudi 18 mars.

Hervé Gattegno