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Nicolas Sarkozy à la reconquête de l'opinion avec la Libye

Nicolas Sarkozy fait avec l'intervention en Libye un pari risqué qui, s'il réussit, est de nature à restaurer son image sur la scène internationale tout autant qu'auprès de l'électorat traditionnel de droite. /Photo prise le 19 mars 2011/REUTERS/Lionel Bo

Nicolas Sarkozy fait avec l'intervention en Libye un pari risqué qui, s'il réussit, est de nature à restaurer son image sur la scène internationale tout autant qu'auprès de l'électorat traditionnel de droite. /Photo prise le 19 mars 2011/REUTERS/Lionel Bo - -

Nicolas Sarkozy fait avec l'intervention en Libye un pari risqué qui, s'il réussit, est de nature à restaurer son image sur la scène internationale tout autant qu'auprès de l'électorat traditionnel de droite.

Au plus bas dans les sondages et confronté à une poussée du Front national dans les urnes, le chef de l'Etat, qui joue un rôle en pointe sur le dossier libyen, a sans doute en tête le deuxième semestre 2008, quand ses succès à l'international avaient permis de redresser une cote de popularité déjà entamée.

Il s'agissait alors de négocier l'arrêt des hostilités entre la Russie et la Géorgie et de mobiliser la communauté internationale contre la crise financière.

Avec ses efforts pour la mise en place d'une coalition dont l'objectif officieux est de forcer Mouammar Kadhafi à quitter la scène, "la prise de risque est plus grande aujourd'hui pour Nicolas Sarkozy", souligne Dominique Moïsi, conseiller auprès de l'Institut français des relations internationales (Ifri).

"On est plutôt dans le scénario de type Irak en 1991, avec une résolution de l'Onu, une coalition et une intervention", ajoute cet expert, qui approuve l'opération.

"C'est le côté joueur du président de la République, qui aime prendre des risques. Maintenant, il faut voir comment cela se passe car plus cela durera, plus ce sera difficile", dit-il.

En attendant, Dominique Moïsi juge que l'opération a permis à la France de faire à nouveau entendre sa voix sur la scène internationale.

"Il y avait moins d'Europe dans le monde, moins de France dans l'Europe, où on entendait surtout la voix allemande. Il y a aujourd'hui une opération de défense et là c'est autre chose, ce sont les Allemands que l'on n'entend plus".

PAS D'ASSURANCE TOUS RISQUES

"En le recevant avec tous les honneurs fin 2007, Nicolas Sarkozy avait redonné au colonel Kadhafi une légitimité dont il avait absolument besoin. En l'attaquant en 2011, c'est lui qui retrouve une légitimité internationale", déclare encore le conseiller de l'Ifri.

Pour François Miquet-Marty, président de l'institut de sondages Viavoice, les effets devraient être bénéfiques auprès de l'électorat traditionnel de droite, qui avait mal vécu les atermoiements de la diplomatie française lors des soulèvements populaires en Tunisie et en Egypte.

"On avait aussi des électeurs déstabilisés par le style Sarkozy, avec sa tendance à privilégier l'image personnelle à la fonction présidentielle. Le chef de l'Etat se retrouve dans une posture présidentielle, gaullienne, et sa démonstration de sa capacité à faire bouger les choses et de promouvoir l'image de la France dans le monde ne peut être que bénéfique", dit-il.

"Beaucoup d'électeurs de droite étaient en attente d'un cap, d'actions porteuses de résultat. Cette intervention remplit pleinement ces objectifs même si tout dépendra, en fin de compte, de l'issue des événements en Libye", ajoute le sondeur.

Dans l'immédiat, François Miquet-Marty juge qu'ils sont trop récents pour influer sur le deuxième tour des cantonales, alors que le Front national talonne l'UMP après le premier tour.

Nicolas Sarkozy a selon lui "tout intérêt à se distancier" de ce scrutin "pour montrer qu'il est au-dessus de tout ça et qu'il s'implique dans les choses du monde".

Il reste qu'un succès de l'opération libyenne ne serait pas une assurance tous risques pour la présidentielle, pour laquelle les derniers sondages le donnent en troisième position, derrière les candidats du Parti socialiste et du Front national.

Le président américain de l'époque l'avait vécu à ses dépens après la reconquête du Koweït occupé par l'Irak en 1991.

"Tout avait bien marché mais en fin de compte les gens ne se sont pas émus. Un an plus tard, George Bush était sorti par Bill Clinton" qui avait fait de l'économie son principal thème de campagne, rappelle Dominique Moïsi.