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Municipales: un jeu de rôle lors d'une formation de candidats LaREM atterre la majorité

Marielle de Sarnez aux côtés de François Bayrou et Stanislas Guérini.

Marielle de Sarnez aux côtés de François Bayrou et Stanislas Guérini. - CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Un document, révélé par le Parisien, et posant les bases d'un jeu de rôle auquel se sont livrés samedi de futurs candidats LaREM aux municipales au sein du siège du mouvement, raille largement la classe politique. Le texte a ulcéré les partis alliés ou satellites de l'appareil présidentiel qui y sont eux aussi moqués.

La sénatrice centriste "Yvette Pascool", le sénateur "Les Républicains" Michel Demymol, ce sont quelques-uns des personnages d'un jeu de rôle, pratiqué samedi dernier au siège de LaREM, qui ne brille pas par sa subtilité. Ces noms ont été consignés dans un document, révélé par Le Parisien dans son édition de ce jeudi, servant audit jeu de rôle et distribué aux futurs candidats LaREM aux municipales, venus dans les installations parisiennes du mouvement pour une formation. 

Bienvenue à Trifouillis-les-Oies 

Lors de cette activité intitulée 1000 Talents, les aspirants-maires étaient donc appelés à considérer différents profils synthétisés en quelques éloquentes identités fictives. Ainsi, le héros du jeu avait pour nom Raymond Poulidor. Comme chaque personnage, une rapide notice "biographique" détaillait son parcours, faisant de lui un ancien militant socialiste, et "marcheur" historique. L'objectif de Poulidor? Jouer pour une fois les Jacques Anquetil en remportant la victoire. Il s'agissait donc pour lui de détrôner le maire de la charmante commune de Trifouillis-les-Oies, située dans le département du "Mordor", référence tirée de cette terre ravagée par le Mal dans le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien. 

Le maire, parlons-en: Paul-Henri Le Comte, 69 ans, encarté à LR, et à la tête de la ville depuis des lustres, soit un portrait appuyé de l'adversaire-type en face duquel les candidats macronistes risquent de se retrouver dans neuf mois. Et le représentant chimérique de LaREM a d'autres rivaux dans le jeu comme "Jean-Luc Colérique", censé incarner la gauche, ou encore Jeanne Fachot, pilote de la liste "Trifouillis Bleu Marine", une chauffeuse de taxi prenant apparemment la suite d'un certain Dominique Nazillon. 

La majorité égratignée 

Le jeu en dit surtout long sur ce qu'une partie de LaREM pense de ses alliés immédiats. On y lit en effet que le MoDem a endossé une "Marielle Orange" qu'on décrit comme "peu à l'aise dans son rôle de parlementaire", une appréciation qui ira droit au cœur de Marielle de Sarnez, proche de François Bayrou et députée élue à Paris. 

1000 Talents assassine encore les ralliés de droite en la personne de "Jean Brutus", "juppéiste et mal à l'aise avec la ligne Laurent Wauquiez (...) rêvant d'être maire de Trifouillis". 

"Stupéfaction" générale 

Ces portraits peu flatteurs ont mis le rouge aux joues des marges de la majorité. Marc Fesneau, ministre chargé des Relations avec le Parlement, issu du MoDem, a évoqué ce jeudi sur Europe 1 la discussion qu'il a eue à ce sujet avec Stanislas Guérini, délégué général de La République en marche: "J’en ai parlé avec Stanislas Guérini. Ça ressemble à une maladresse. Il faut toujours faire attention aux symboles et aux gestes. Celui qui a commis ce genre de jeu de rôle aussi simpliste aurait mieux fait de réfléchir avant de le faire. Je crois que nous partageons avec Stanislas Guérini l’idée que tout geste qui comporterait une part de dénigrement est un mauvais geste."

Le patron des députés MoDem, Patrick Mignola, a quant à lui rédigé une lettre adressée elle aussi à Stanislas Guérini, comme l'a noté ici Le Figaro. Il y déclare sa "stupéfaction". Roman Baudin, qui a conçu ce jeu de rôle, n'a rien regretté cependant au moment de répondre au Parisien: "Je voulais créer quelque chose de différent pour accompagner l'engagement sous toutes ses formes. Le renouvellement, ça ne se fait pas d'un coup". La majorité n'en finit plus d'en faire l'expérience. 

Robin Verner