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Moscovici : « Le gouvernement a une conception punitive de la retraite »

Pierre Moscovici, député socialiste du Doubs

Pierre Moscovici, député socialiste du Doubs - -

Le député socialiste Pierre Moscovici était l'invité ce mercredi de Jean-Jacques Bourdin. Il décrypte le contre-projet socialiste sur les retraites.

Le député PS du Doubs commente avec Jean-Jacques Bourdin l'actualité politique du moment. Au lendemain du rapport du gouvernement sur les retraites, le PS débattait ce mardi lors de son Bureau national de ses propres propositions très attendues, avec une innovation, une "retraite choisie" ou à la carte, et un tabou, le maintien de l'âge légal de départ à 60 ans.

JJB : Martine Aubry dit vouloir s’opposer de toutes nos forces au recul de l’âge légal de départ à la retraite actuellement fixé à 60 ans… ce n’est pas un peu passéiste ?

« D’abord il faut dire que nous proposons un système résolument alternatif aux propositions du gouvernement. Le gouvernement a une conception punitive qui consiste à revenir sur les droits des salariés, des assujettis et qui consiste au fond à faire reculer ces droits. Avec une seule idée, le fil rouge du gouvernement qui est : Il faut reculer l’âge légal de la retraite. Ils veulent aller jusqu’à 62, 63 ans. Alors oui, nous nous y opposons formellement.
Ce n’est pas du tout passéiste… Dans ma circonscription (Montbéliard dans le Doubs), c’est l’industrie automobile. Je vois ce que c’est, ceux qui ont commencé à travailler tôt, qui ont cotisé longtemps, qui ont vécu dans la pénibilité, le monde ouvrier. 70% des gens sont dans cette situation là, et ce sont des gens qui ont le droit de partir à la retraite à 60 ans pour bénéficier pour le reste de leur vie, du droit au temps libre, à l’épanouissement qui est le temps de la retraite. C’est un droit absolument fondamental, auquel on ne doit pas toucher.»

Le gouvernement dit : « ca se fera progressivement, on ne va pas imposer du jour au lendemain un âge légal de 62–63 ans. »

« Dans le projet que nous avons adopté hier, il y a une autre notion. Nous souhaitons cette garantie collective, qu’est l’âge légal à 60 ans, ça représente une mesure de justice, ça favorise ceux qui vivent dans la pénibilité… Mais nous militons aussi pour la retraite choisie. Actuellement, vous avez l’âge légal, qui est de 60 ans, et l’âge effectif qui est déjà de 61 ans et demi. Notre projet est à l’horizon 2025. Nous pensons qu’il faut aller progressivement vers 62 années et demi pour l’âge effectif.
Comment faire ? Deux choses : Pour ceux qui rentrent dans le système aujourd’hui (les plus jeunes ou ceux qui seront retraités dans une quinzaine d’années) nous proposons un compte « Formation–Temps » qui permet d’accumuler des droits tout au long de la vie. C’est la notion de temps choisi, pas à la carte.Et puis deuxième point, il est possible, je crois même qu’il faut inciter à travailler plus longtemps. Certains peuvent le souhaiter : je n’ai par exemple, aucune intention de prendre ma retraite à 60 ans. Je compte bien continuer… En plus je n’ai pas commencé à cotiser tôt. Le gouvernement veut instaurer une décote (on partira à 60 ans mais pas avec le taux plein), nous nous proposons d’instituer une surcote. Pour celui qui souhaite prolonger son activité, il y aurait un bonus en matière de retraite. Nous ne sommes pas en train de dire : nous rigidifions le système. Nous ne sommes pas en train de dire la retraite à 60 ans pour tout le monde. Nous disons : voilà une garantie collective, un droit auquel les Français ont raison d’être attachés, et en même temps, nous proposons des libertés de choix. Ça me parait une approche quand même plus flexible que celle du gouvernement. »

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La rédaction-Bourdin & Co