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Mort de Steve Maia Caniço: pour Edwy Plenel, "Édouard Philippe a parlé trop vite"

Le fondateur de Mediapart continue de remettre en question le rapport de l'IGPN, estimant que des éléments importants manquent.

Quelques jours après la publication des neuf pages de synthèse de l'enquête sur l'opération menée le soir de la mort de Steve Maia Caniço, Brigitte Julie, la directrice de l'Inspection générale de la police nationale et David Chantreux, chef de l'unité de coordination des enquêtes, ont affirmé ce dimanche à Libération n'avoir "jamais eu la volonté de blanchir qui que ce soit."

Invité ce mardi à l'antenne de BFMTV et de RMC, le co-fondateur de Mediapart Edwy Plenel a de nouveau réagi à cette affaire, estimant que "sans aucun doute, Édouard Philippe a parlé trop vite et son ministre de l'Intérieur (Christophe Castaner, NDLR) a montré une très grande indifférence." 

"Nous avons révélé deux éléments qui auraient du se retrouver dans cette enquête de l'IGPN. D'abord le rapport du commandant de la compagnie républicaine de sécurité qui s'est refusé à toute utilisation de moyens lacrymogènes pour éviter les mouvements de panique. Lui savait que les mouvements de panique pouvaient être à l'origine de mouvements de foule. En 2017, voyant le danger, ils décident de ne pas intervenir. Ce rapport n'est ni fait ni à faire", poursuit-il. 

La "responsabilité politique" de Castaner engagée

Par la suite, interrogé sur la défiance envers la police, Edwy Plenel a expliqué que ces derniers avaient "lâché les freins. Ils n’ont eu aucun message de retenue, de précaution, de sensibilité. 'Ou est Steve' est fédérateur parce que les gens l’ont senti et les policiers en sont otage. Le pouvoir politique est violent par rapport à la politique: la violence contre les gilets jaunes, la jeunesse, la presse indépendante.

"Comment un jeune qui vient faire la fête meurt à cause de ce type de maintien de l’ordre? La justice indépendante doit se réveiller face à une justice non indépendante. A Nice, le procureur a couvert le mensonge, 'j’ai fait ça pour protéger le président de la République' qui avait lui-même menti, il avait dit l'inverse." 

Il en a également profité pour tancer le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. "Sa responsabilité politique est engagée. On sent qu'il y a le feu vert d’un pouvoir qui dit 'allez-y', avec cette médaille qui récompense tous les policiers mis en cause dans des charges excessives. Ce ministre qui va en boite de nuit le samedi soir de gilet jaune."

"Mediapart défend la démocratie"

Finalement interrogé sur l'affaire de Rugy, qui s'était soldé par la démission de l'ancien Ministre de la Transition écologique et solidaire courant juillet, Edwy Plenel maintient l'intégralité des accusations portées à travers Mediapart. 

"Mediapart n'a jamais accusé de fraude fiscale, mais question fiscale. Il était interdit, même si la loi a été plus précise après, d’utiliser l’IRFM ('indemnité représentative de frais de mandat, ndlr) d’argent public pour payer sa cotisation à son parti politique."

Au final, Edwy Plenel a pris la défense globale de son média. "Mediapart défend la démocratie, et la démocratie c’est aussi des contre-pouvoirs. Il y a cette question de pollution au plomb à Notre-Dame, et Mediapart a rapporté l'histoire. Ce n'est que le 18 juillet qu'il y a eu un mouvement et c'est aujourd'hui un scandale de santé publique reconnu de tous. Vous n'aurez rien su sans Mediapart, nous sommes au service de l'intérêt public", conclut-il. 

Hugo Septier