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Mieux vaut un enseignement de valeur que l'enseignement des valeurs !

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

Vincent Peillon a confirmé lundi que des cours de « morale laïque » seront introduits dans les écoles, collèges et lycées à partir de la rentrée 2015. Mais enseignement de valeur ou enseignement des valeurs ?

On pourrait espérer les deux : de la valeur et des valeurs. Vincent Peillon a une vision ambitieuse et humaniste ; son projet est sympathique mais idéaliste. Il donne la priorité à ce qui peut faire de nos enfants des hommes meilleurs demain au lieu d’essayer d’avoir une école meilleure tout de suite. Or l’urgence n’est pas tant de former des citoyens que d’arrêter de former des chômeurs. Ça ne veut pas dire brader les grands principes mais nos écoles ont plus besoin de modernité que de tradition. Et le projet de Vincent Peillon évoque plutôt la craie et les blouses grises que la mondialisation et les nouvelles technologies…

L’enseignement de la morale est une idée dépassée ? Toutes les études montrent que les parents y sont largement favorables…

Si la question est : « Faut-il apprendre aux enfants à distinguer le bien du mal ? », on répond oui, forcément. Si on demande : « L’Etat doit-il dire à vos enfants ce qui est bien et ce qui est mal ? », la réponse change. C’est cela qui, dans le projet de Vincent Peillon est à la fois anachronique et abstrait. Donc une idée dépassée, sans doute ; mais surtout une idée du passé. Elle renvoie au temps où les enfants n’avaient pas droit à la parole ni à la connaissance en dehors de l’école. Aujourd’hui, ils ont accès à presque tout avec la TV et internet, mais ce qui leur fait le plus défaut, ce sont des connaissances – pas des valeurs, mais du savoir.

Mais franchement, expliquer aux élèves les principes de la justice, du respect, de la tolérance, qui peut dire que c’est inutile ?

Personne ; mais tout ce qui est utile aux enfants ne relève pas de l’Ecole. Le calcul ou la géographie s’apprennent pour qu’on soit libre de s’en servir. La morale, elle, est censée s’imposer comme règle de vie – c’est la version laïque des commandements religieux. C’est le sens de l’expression « morale laïque » : un contrepoint à l’influence des religions qui fragilise l’unité de la société. Sous Jules Ferry, c’était le catholicisme. A présent, on pense bien sûr à l’islam. A tout prendre, ce sont les bases de la République qu’il faudrait enseigner: liberté, égalité, fraternité – d’où viennent ces principes, comment on peut les appliquer. Surtout quand les élites ne montrent plus l’exemple…

Une allusion à la multiplication des « affaires » : est-ce que l’Ecole n’a pas aussi un rôle à jouer pour empêcher la crise morale ?

Ce n’est pas en apprenant que mentir, c’est mal et que payer ses impôts, c’est bien qu’on empêchera d’autres affaires Cahuzac – pas plus qu’en déballant les patrimoines des ministres. Le meilleur rôle que l’Ecole puisse jouer, répétons-le, c’est de mieux former les élèves pour qu’ils aient un métier, qu’ils trouvent du travail. L’effondrement de notre système éducatif n’est pas pour rien dans le fait que les Français sont l’un des peuples les plus pessimistes du monde. Leur faire la morale ne suffira pas à leur redonner le moral.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce mardi 23 avril.

Hervé Gattegno