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MeToo: une essayiste craint un "bazardement de l'état de droit", Marlène Schiappa monte au créneau

Pour le Telegraph c'est: "Le scandale britannique #MeToo qui ne peut être révélé".

Pour le Telegraph c'est: "Le scandale britannique #MeToo qui ne peut être révélé". - Bertrand GUAY / AFP

Sur France Inter, où elle assurait la promotion de son livre Le Porc-émissaire, l'essayiste et journaliste au Figaro Eugénie Bastié a formulé ses réserves à l'égard du mouvement "MeToo".

Eugénie Bastié, essayiste et journaliste auteur de Le porc-émissaire, Terreur et contre-révolution, a défendu ce lundi sur France Inter les réserves formulées par son ouvrage à l'égard du mouvement "MeToo", né pour dénoncer harcèlements et violences sexuelles envers les femmes. 

"Un climat désagréable et détestable" 

Attaquant ce qu'elle voit comme une forme nouvelle de puritanisme, elle a lancé: "Pourquoi, cinquante ans après la révolution sexuelle qui a proclamé qu’on pouvait jouir sans entrave et la liberté sexuelle absolue, pourquoi la sexualité redevient un problème en Occident et est-ce que ça ne révèle pas quelque chose sur un malaise au sein de la sexualité?"

"Le slogan de MeToo qui était 'la peur doit changer de camp' a, à mon avis, bien eu lieu et je vois autour de moi des hommes qui ont peur", a-t-elle avancé.

"Je trouve qu’il y a un climat désagréable et détestable de suspicion généralisée entre les sexes, ce n’est pas une belle manière de concevoir le commerce entre les sexes", a encore estimé Eugénie Bastié. 

"Si je vous mets un coup de pelle, ce n'est pas du jardinage"

La secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a immédiatement rétorqué sur Twitter. "Bonjour Eugénie Bastié, contrairement à ce que vous dites sur France Inter, MeToo n’a aucun problème avec la sexualité. Nous avons un problème avec les viols et les agressions sexuelles. C’est très différent." Elle a terminé en citant Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol: "Si je vous mets un coup de pelle, ce n’est pas du jardinage". 

Nuance et condamnation

Ce dialogue à distance s'est prolongé car Eugénie Bastié a développé son propos sous d'autres volets. "Je m'érige contre la victimisation excessive, qui à mon avis est une régression victorienne", a-t-elle dit. "Victimisation" et "régression" qui relèvent d'après son analyse d'une infantilisation des femmes. La journaliste du Figaro a aussi nuancé son intervention, concédant que MeToo "avait eu du bon", "la libération de la parole (étant) une bonne chose". Cependant, elle a ensuite pointé une menace judiciaire et politique que porterait le mouvement:

"Ce qui me dérange dans le mouvement MeToo c’est son aspect faussement révolutionnaire et, à mon avis, authentiquement religieux, qui instaure une espèce de messianisme progressiste. (...) Cette dimension messianique parce qu’elle autorise finalement au nom de ce bien supérieur toutes les dérives et notamment le bazardement de l’état de droit."

Cette position a davantage agacé la membre du gouvernement. "Mais enfin, c’est faux! Personne n’a bazardé l'Etat de droit! En France aucun homme accusé de viol n’a été condamné sans procès! Arrêtons de diffuser des légendes urbaines et contrevérités ne faisant qu’attiser des peurs. Les agresseurs ne sont pas des victimes", a finalement réagi Marlène Schiappa.

Robin Verner