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Marine Le Pen dans une position incertaine à la tête d'un parti qui se cherche

Marine Le Pen.

Marine Le Pen. - PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

Un Front national dont le discours change sur l'Europe, des députés frontistes peu audibles à l'Assemblée nationale et dont l'un rejoint la formation de l'ex-vice-président du parti, un débat présidentiel qui continue à faire mal, la situation de Marine Le Pen et du Front national est des plus difficiles.

Certes, Marine Le Pen ne sera guère dérangée par la concurrence au prochain congrès du Front national où, seule candidate à sa réélection, la députée élue dans le Pas-de-Calais est assurée de demeurer à la présidence de son mouvement. Mais c'est bien là sa seule certitude du moment, alors qu'elle est l'invitée de BFMTV ce mardi. 

Largement vaincue en mai dernier, au second tour de la présidentielle, après une performance contestée lors du débat de l'entre-deux tours avec Emmanuel Macron, elle peine à remonter la pente. Sur Europe 1, des membres du FN s'en sont inquiétés. "Peut-elle rebondir? Mais, au fond, surtout, en a-t-elle envie?" se demande l'un. "Elle se recroqueville dans son bureau de l’Assemblée avec ceux qui la rassurent ou la font rire", déplore l'autre.

Son absentéisme, notamment en commission, est dénoncé dans le même article. Pour le politologue Eddy Fougier, ce manque d'activité parlementaire peut avoir deux conséquences pour elle: soit lui permettre de se tenir à distance d'un lien trop visible avec l'establishment, soit la plonger dans de nouvelles affres auprès de l'opinion publique, et d'une base qui n'ont pas oublié sa campagne. "En termes de communication, le danger c'est que ce type d'information conforte une image. Ce qui peut lui nuire, c'est l'image d'incompétence et si on y accole le fait qu'elle ne se rend pas en commission, ça peut corroborer l'idée qu'elle ne prend pas les choses au sérieux", dit-il à BFMTV.com. 

Un crédit entamé 

Ainsi donc, les législatives n'y ont rien fait: depuis mai, Marine Le Pen n'a pas pu se rétablir. Sa position s'est-elle même dégradée? "Marion Maréchal-Le Pen n'est pas dans le jeu politique actuellement. Et il y a eu le fusible Florian Philippot qui lui a premis de retrouver un peu d'air. Les deux principales figures qui auraient pu lui faire de l'ombre sont sorties du jeu", nuance d'abord Eddy Fougier. Oui, mais Florian Philippot, ex-vice-président du Front national, attire désormais des cadres de son ancienne formation vers sa propre écurie: Les Patriotes. Ce lundi, il annonçait même sur BFMTV avoir convaincu l'un des huit députés Front national à l'Assemblée nationale, José Evrard. Et le politologue d'indiquer l'autre plaie de Marine Le Pen:

"Son crédit politique ne s'est pas amélioré depuis le débat et sa défaite à la présidentielle. Et puis, il n'y a plus l'odeur de la victoire comme entre 2012 et 2017 au Front national. On ne s'y sent plus porté par le vent de l'Histoire. Marine Le Pen, en outre, doit toujours faire face à une interrogation. Certains militants se disent: 'On avait une chance historique, elle n'a pas été saisie, peut-être à cause d'une mauvaise campagne, peut-être à cause d'une mauvaise candidate'". 

La boussole du FN n'existe plus...ou elle s'affole 

Comme le remarque le spécialiste, Marine Le Pen a d'ailleurs dit il y a quelques jours qu'elle n'excluait pas de ne pas être la candidate du Front nationale en 2022, et que le rôle de chef de file échoie à une personnalité ayant un autre état-civil qu celui de Le Pen. "On a l'impression qu'il n'y a plus de boussole idéologique ni de leadership", ponctue Eddy Fougier. 

Si les adhérents doivent encore renvoyer leurs formulaires, sur les axes et propositions qu'ils souhaitent voir portés par le parti, une trame essentielle du discours frontiste a déjà été amplement modifiée: le rapport à l'Europe. Ou plutôt, Marine Le Pen est devenue difficilement compréhensible sur la question, comme le révèle la lecture de cet article du Figaro. Après avoir pendant des années plaidé pour une sortie française des institutions européennes, et l'abandon de l'euro, on en est désormais à dire que la sortie de l'euro n'est "pas un préalable". Selon L'Opinion, lors d'une journée de travail à l'Assemblée nationale vendredi dernier, elle a même lancé:

"Nous sommes européens, pas antieuropéens, même si nous avons entretenu cette idée par maladresse sémantique. Nous avons pensé que seule l'élection présidentielle pouvait réorienter l'Europe, et laissé penser qu'on voulait en sortir seuls, avec une vision trop franco-centrée."

A l'évidence, soit le Front national a effectivement perdu sa boussole, soit celle-ci s'affole. 

Robin Verner