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Manuel Valls est un ministre inexpulsable

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, c'est tous les jours à 8h25 sur RMC.

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Le débat politique s’est enflammé à propos de l’expulsion d’une collégienne kosovare, dont la famille était sans papier. Le ministre de l’Intérieur a été mis en cause par une partie de la gauche. La question d'un retrait de M. Valls se pose-t-elle ?

En tout cas, c’est celle qui est posée par ceux qui le critiquent à gauche, et de plus en plus ouvertement. Tout se passe comme si M. Valls était le ministre qui dérange les socialistes (et la gauche de la gauche encore plus) – non parce qu’il ne serait pas assez efficace mais en quelque sorte parce qu’il essaie de l’être trop. Ça ne veut pas dire qu’il a forcément des résultats, mais il met en œuvre une politique. C’est le devoir d’un ministre. Et en face de lui, autour de lui, il y a des élus, des dirigeants de la gauche qui se comportent en opposants. Au fond, Valls incarne une gauche de gouvernement face à la gauche… des hurlements.

Vous voulez dire que les critiques lancées hier par Claude Bartolone, par exemple, qui a mis en garde contre le risque de « perdre son âme », ces critiques-là étaient excessives ?

Elles sont d’abord prématurées. A ce stade, on ne sait pas grand-chose des faits – on verra ce que dit l’enquête. Il est normal d’être ému par un cas comme celui-là, normal d’exiger de l’humanité, y compris de la police. Cl. Bartolone a raison de ne pas vouloir que la gauche perde son âme (ni la France !), mais il ne faut pas perdre la raison non plus : il n’y a pas eu de brutalité, d’indignité. Et il y avait bien eu non pas une mais plusieurs décisions de justice pour refuser la régularisation. Donc on le voit bien à travers ce cas : c’est facile d’être dans l’indignation, mais ça n’apporte aucune solution.

Est-ce que toutes ces attaques émanant de son propre camp ne finissent pas par affaiblir M. Valls ?

C’est tout le contraire qui se produit. Il est le ministre le plus critiqué et… le plus populaire. Qu’il ne soit pas le min. idéal pour une gauche idéaliste est même sa principale utilité pour F. Hollande : il est une caution d’autorité dans un gouvt qui en manque tant. De fait, on entend encore dire que F. Hollande doit clarifier sa position : elle est très claire. Depuis 1,5 an, tous les arbitrages sont favorables à M. Valls – contre C. Duflot, C. Taubira, JM Ayrault même (sur les contrôles d’identité). Politiquement, ça montre qu’il est incontournable. En langage administratif, on dirait que les critères de son expulsion (du gouvt) ne sont pas réunis…

Est-ce cet incident ne révèle pas, surtout, que la gauche et la droite mènent à peu près la même politique face à l'immigration illégale ?

Sans doute – et c’est un constat douloureux pour une partie de la gauche, mais visiblement rassurant pour une partie de son électorat. Le préfet mis en cause incarne cette continuité : il a eu des fonctions au ministère de l’immigration sous N. Sarkozy, il en avait auprès d’un ministre de l’Intérieur socialiste, D. Vaillant. Le problème, c’est que l’immigration clandestine aussi continue – en France comme dans tous les pays riches. Ce à quoi il faut veiller, c’est qu’on n’assimile pas les sans papiers à des délinquants – certains font tout pour s’intégrer, l’histoire désolante de cette collégienne le prouve, et c’est pour eux que la loi paraît la plus rude, pour ne pas dire la plus injuste. Il faut combattre les abus de droit… et aussi les abus de langage.

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Hervé Gattegno