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"Les risques de propagation du Covid-19 sont très faibles": il y a un an, la déclaration d'Agnès Buzyn

L'ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn, le 23 septembre 2020, à Paris

L'ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn, le 23 septembre 2020, à Paris - STEPHANE DE SAKUTIN © 2019 AFP

Il y a un jour pour jour ce dimanche, Agnès Buzyn, alors ministre de la Santé, assurait que les risques de propagation du Covid-19 étaient "très faibles" en France du fait de l'isolement de la ville de Wuhan, en Chine, berceau de la maladie.

"Les risques de cas secondaires autour d'un cas importé sont très faibles, et les risques de propagation du coronavirus sont très faibles." Est-ce une faute ou une erreur? La phrase prononcée par Agnès Buzyn, alors ministre de la Santé, le 24 janvier 2020 au sortir du Conseil des ministres, il y a un an jour pour jour ce dimanche, a en tout cas fort mal vieilli.

Immédiatement avant ce jugement qui a depuis volé en éclats devant la réalité d'une épidémie qui infecte le monde depuis douze mois et entrave la vie sociale de chacun, Agnès Buzyn avait déjà lancé: "Le risque d’importation de cas depuis Wuhan est modéré, il est maintenant pratiquement nul parce que la ville est isolée."

À sa décharge, elle avait complété: "Cela peut évidemment évoluer dans les prochains jours s’il apparaissait que plus de villes sont concernées en Chine ou plus de pays, notamment des pays de l’Union européenne."

"Notre système de santé est bien préparé"

Elle ne pensait, hélas, pas si bien dire. Quelques heures après cette prise de parole, toujours ce 24 janvier, le ministère de la Santé avait officialisé la présence sur le territoire français de ce virus qu'on a communément appris à nommer le Covid-19. On comptait alors trois cas, répartis entre le CHU de Bordeaux et l'hôpital Bichat à Paris. L'une de ces trois personnes, revenue d'un séjour à Wuhan, ville chinoise berceau de la maladie, allait mourir le 14 février suivant, devenant le premier mort français du virus.

Le 21 janvier 2020, Agnès Buzyn avait déjà déclaré:

"Le risque d'introduction en France est faible mais ne peut pas être exclu, d’autant qu’il y a des lignes aériennes directes". "Notre système de santé est bien préparé, les établissements de santé ont été informés et des recommandations de prise en charge ont été délivrées", ajoutait-elle.

Une affirmation battue en brèche quelques semaines plus tard: au printemps, les hôpitaux ont commencé à faire face aux pires difficultés, sous le coup de l'engorgement de leurs services, et de la saturation des unités de réanimation.

Un optimisme de façade

Pourtant, Agnès Buzyn n'allait pas tarder à revenir elle-même sur ce trop grand optimisme, ou plutôt, à expliquer qu'elle n'en avait jamais rien cru. Après avoir laissé son ministère à Olivier Véran le 16 février pour prendre la tête de la campagne municipale de La République en marche (LaREM) à Paris, poussée par le renoncement de Benjamin Griveaux après la parution d'une vidéo intime, elle allait arriver en troisième position au premier tour (une position qui sera confirmée au second tour le 28 juin). A la suite de cette première échéance électorale, elle avait accordé un entretien au Monde.

"Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu", pouvait-on alors lire dans cette interview publiée le 17 mars. Elle appuyait encore: "Depuis le début, je ne pensais qu’à une seule chose: au coronavirus. On aurait dû tout arrêter, c'était une mascarade." Et son inquiétude n'était pas née en février selon elle mais dès la mi-janvier, soit une dizaine de jours avant ses déclarations des 21 et 24 janvier:

"Je pense que j’ai vu la première ce qui se passait en Chine: le 20 décembre, un blog anglophone détaillait des pneumopathies étranges. J’ai alerté le directeur général de la santé. Le 11 janvier, j’ai envoyé un message au président sur la situation. Le 30 janvier, j’ai averti Edouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. Je rongeais mon frein."

La "contraction du temps"

Il faut noter que le 23 septembre, Agnès Buzyn, entendue par la commission d'enquête du Sénat sur la gestion du Covid-19, a voulu dire son mot sur ces fameuses déclarations, mettant les parlementaires en garde contre une "contraction du temps" qui "rend des déclarations ou des décisions prises incompréhensibles pour le grand public à l'aune de ce que nous savons neuf mois plus tard".

Agnès Buzyn a depuis quitté le paysage politique hexagonal. Elle a été nommée membre du cabinet du directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) le 4 janvier dernier, se démettant de son mandat de conseillère municipale du 17e arrondissement.

L'une des phrases de l'hématologue de formation a toutefois bien résisté à l'épreuve du temps. Elle se trouvait elle aussi dans l'interview au Monde, en date du 17 mars. "Il va y avoir des milliers de morts." Près d'un an plus tard d'une crise économique et sanitaire inédite, plus de 70.000 personnes ont succombé au coronavirus. Un chiffre terrible qui n'a de cesse de s'accroître.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV